Actionnaires : Une société à irresponsabilité illimitée12/10/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/10/une-1734.gif.445x577_q85_box-0%2C11%2C166%2C227_crop_detail.jpg

Leur société

Actionnaires : Une société à irresponsabilité illimitée

La faillite d'une entreprise, ce n'est pas celle de ses propriétaires et actionnaires. L'actualité en fournit de nombreux exemples. Moulinex-Brandt est en redressement judiciaire et les repreneurs sont en train de se partager ses dépouilles. Mais le trust ELFI dont il dépend n'est nullement en difficulté.

En même temps que celui-ci rachetait Moulinex fin 2000 pour le fusionner avec Brandt, il versait à ses actionnaires un dividende de 800 millions de francs. C'est l'équivalent du " trou " de 853 millions qui a servi à justifier le plan de licenciements et la mise en redressement judiciaire. Mais personne ne réclame que les actionnaires rendent l'argent.

De même, la compagnie aérienne suisse Swissair est quasiment en faillite depuis le 2 octobre, avec près de 12 milliards d'euros de dettes. Mais ces dettes proviennent d'une série de prises de participations dans diverses compagnies aériennes, parmi lesquelles Sabena en Belgique et Air Lib en France. Toutes ces compagnies sont aujourd'hui elles aussi en péril. Qu'est-ce que cela a rapporté aux actionnaires anonymes de Swissair, capitalistes individuels et groupes financiers, on l'ignore. Le groupe est en train d'être démantelé, et il y a sans doute des morceaux juteux à prendre. Mais pour les salariés, ce seront sans doute des milliers, sinon des dizaines de milliers de licenciements.

Une des justifications avancées pour les avantages de tous ordres que les bourgeois retirent de leurs entreprises, c'est qu'ils y investiraient leur travail et leur fortune. Leurs profits récompenseraient leur peine et les risques financiers qu'ils courent. En fait, depuis longtemps, les grands bourgeois ont réussi à protéger leur fortune des risques économiques et financiers liés aux fluctuations du marché. Les actionnaires-propriétaires ne risquent dans l'entreprise que l'argent qu'ils y ont investi. Ils ne peuvent pas perdre davantage. La faillite éventuelle ne peut en particulier affecter tout ce que leurs profits leur ont permis d'acheter : immeubles, propriétés, bijoux, tableaux, actions d'autres entreprises. Seuls les artisans ou les petits entrepreneurs nominalement propriétaires de leur entreprise peuvent se trouver ruinés en cas de faillite, car eux sont responsables sur l'ensemble de leurs biens.

Mais, pour les actionnaires des sociétés anonymes, le système fonctionne presque à l'inverse. Les actionnaires se moquent de mener l'entreprise à sa ruine. Ils veulent tirer le maximum des actions qu'ils achètent. Souvent même ils ne font que spéculer sur la cotation de ces actions : leur seul but est de les revendre rapidement, plus cher qu'ils ne les ont achetées. Dans ce cas, non seulement la production mais même les dividendes ne sont qu'accessoires.

Les actionnaires, ceux qui possèdent la majorité des actions, c'est-à-dire ceux qui décident, sont souvent prêts à mettre en danger l'avenir ou même l'existence immédiate de l'entreprise et de ses productions, au détriment de l'emploi.

Pourquoi se gêneraient-ils puisque la loi ne permet pas qu'on prenne sur leur richesse, au-delà des actions qu'ils possèdent, s'ils ne s'en sont pas délestés avant la faillite. C'est pourquoi il faudrait au minimum imposer que les capitalistes soient responsables sur leurs biens personnels de la casse qu'ils provoquent.

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