Air France : La prise de contrôle d'Air Afrique31/08/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/08/une-1728.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Air France : La prise de contrôle d'Air Afrique

Air France, jusqu'à présent actionnaire minoritaire d'Air Afrique, devrait prendre le contrôle direct et ouvert de cette compagnie panafricaine menacée de liquidation, ou plutôt créer une nouvelle compagnie Air Afrique, entièrement sous sa tutelle, et en grande partie privatisée.

Air Afrique a été créée par onze Etats africains, en 1961, à l'époque de l'accession à l'indépendance des anciennes colonies françaises d'Afrique, cela sur une base panafricaine qui ménageait aussi les intérêts français, notamment dans le transport aérien. A partir de 1980, la compagnie a commencé à avoir des difficultés financières. Aujourd'hui, elle a plus de deux milliards de francs de dettes, et ne dispose plus que d'une flotte de six avions loués, au lieu de douze il y a deux ans, les propriétaires d'appareils ayant, avec d'autres, contribué à saigner la compagnie. Les employés réclament deux à trois mois d'arriérés de salaires et ceux qu'un premier plan, sous l'égide d'un administrateur américain propulsé en janvier 2001 par la Banque mondiale, a mis en chômage technique, exigent leur réintégration.

Laurent Gbagbo et Abdoulaye Wade, présidents ivoirien et sénégalais, au nom de tous les chefs d'Etat concernés, ont finalement fait appel à Air France, jusque-là détenteur d'environ 12 % des parts d'Air Afrique.

Il paraît que les responsables de la compagnie française, qui auraient mal digéré l'épisode américain, se seraient fait prier. Mais ils ont sorti leur plan qui vise à protéger les intérêts d'Air France et ceux des banques créditrices de la société africaine, le Crédit Lyonnais au premier chef.

Air France verrait donc ses parts dans le capital de la compagnie africaine passer de 12 % à 35 % ; les pays africains n'en auraient plus que 22 à 28 % au lieu de 68 % actuellement, le reste revenant à des investisseurs africains, privés ou institutionnels. Le PDG d'Air France a mis les points sur les i : pas question d'injecter un sou de plus ; il faut envisager 1 500 à 2000 suppressions d'emplois sur 4 200 salariés, supprimer les liaisons inter-africaines non rentables ainsi que les activités Charter Air Afrique Vacances à la rentabilité aléatoire, selon lui. Comme ailleurs, les salariés et les usagers paieront les pots cassés. Les liaisons Afrique/Etats-Unis seraient remises en question et l'activité principale serait centrée sur les vols France/Afrique avec une exclusivité pour cinq ans.

Bref, le plan d'Air France est du même style que celui de la Banque mondiale, lois du marché obligent, avec, en plus, un petit arrière-goût de paternalisme colonial dans cette tutelle exclusive d'une société française.

Le PDG souhaite "beaucoup de motivation et de courage de la part des personnels". Il leur en faudra sûrement pour continuer contre leur nouveau patron les manifestations commencées contre le précédent administrateur américain.

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