Filature d'Hellemmes (Lille-Nord) : Un patronat sans scrupules10/08/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/08/une-1726.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Filature d'Hellemmes (Lille-Nord) : Un patronat sans scrupules

Depuis la liquidation judiciaire prononcée le 22 juin dernier, la filature Hellemmes à Lille est occupée par le personnel.

Pour le moment, seuls 22 salariés sur les 123 devraient être reclassés dans une des autres entreprises du groupe Mossley dont dépend cette filature. Les 101 autres seraient licenciés sans plan social, avec les seules indemnités conventionnelles, au mieux 18 000 F, alors que la moyenne d'âge est de 48 ans, que beaucoup ont 20 ans de présence dans l'usine et qu'après 20 ans de travail ils ne touchaient que 5 800 F de salaire mensuel ! Ils seraient seulement pris en charge un certain temps par une cellule de reclassement... Mais comment retrouver un travail à cet âge-là !

Pendant des décennies les patrons de la filature ont accumulé d'importants profits sur le dos des salariés. Et il y a dix ans, le groupe Mossley, premier cotonnier en France avec 36 sociétés, majoritairement détenu par famille Meillassoux, a racheté la filature. Mais maintenant la famille Meillassoux a décidé de délocaliser en Turquie et en Afrique du Sud.

Damart, principal client avec 52 % de la production achetée en 2000 (64 % du chiffre d'affaires), a décidé de ne plus passer commande à la filature d'Hellemmes, ce qui a motivé sa liquidation. Mais il est probable que Damart continuera à acheter ses fils au même fournisseur, mais dans d'autres pays, justement là où Mossley vient de se délocaliser...

La municipalité PS d'Hellemmes (commune associée à Lille) a apporté son soutien aux salariés licenciés, comme de nombreux élus du PCF, notamment des communes du Pas-de-Calais d'où viennent quotidiennement une partie des salariés. Michèle Demessine, secrétaire d'Etat au Tourisme et adjointe PCF à la mairie de Lille, a apporté son soutien, ainsi que celui de Martine Aubry : "C'est ce genre d'actes (du groupe Mossley) qui mettent en péril l'action que mène le gouvernement", a-t-elle déclaré.

Sauf que "l'action que mène le gouvernement" ne s'oppose pas à l'égoïsme patronal, bien au contraire, elle l'encourage et le facilite. Le nombre d'entreprises privatisées par ce gouvernement, dont les salariés se retrouvent encore plus directement sous la coupe du patronat, et la loi des 35 heures de Martine Aubry, qui a donné les moyens aux patrons de flexibiliser les horaires de travail et d'exploiter un peu plus leurs salariés, le prouvent largement.

Une manifestation de cent vingt salariés de la filature et de militants syndicalistes a rencontré Daniel Percheron, le nouveau président PS de la Région Nord-Pas-de-Calais. Il a lui aussi affirmé son soutien aux licenciés et dénoncé à son tour la politique de la direction de Mossley, qui ne respecterait pas "l'esprit et la lettre" du "Plan Régional Textile Habillement" signé en fin 2000 par D. Meillassoux lui-même, vice-président de l'Union des Industries Textiles (et aussi par tous les syndicats de la branche).

Ce plan prévoit d'accorder 530 millions de francs sur trois ans aux patrons du textile de la région pour leur permettre d'accroître leur compétitivité, compétitivité qui implique de reconvertir les travailleurs des entreprises textiles qui fermeraient. Les licenciements étaient donc prévus dans ce plan, par les patrons du textile comme par les responsables du PS. Mais devant les travailleurs licenciés M. Percheron choisit de jouer les indignés en demandant "que les choses se passent correctement dans un pays évolué : si l'entreprise disparaît, qu'elle disparaisse dans des conditions acceptables". "Sinon, l'économie de marché n'a pas de sens". Le bon apôtre ! Ce qui n'a pas de sens, c'est de croire que les patrons auraient une parole et respecteraient leur signature, et de croire à la bonne foi de ce politicien !

Les ouvriers et ouvrières de la filature d'Hellemmes exigent une prime supplémentaire de 300 000 F, ce qui est bien un minimum pour atteindre la retraite avec un peu moins de difficultés. Mais pour le PDG du groupe Mossley, M. Mazingue, "le groupe n'est pas assez solide pour supporter un tel effort", alors qu'il a les moyens d'investir dans de nombreux pays. "Nous préférons organiser des reclassements en liaison avec la direction départementale du travail". Traduisez : ils préfèrent abandonner au bon vouloir de l'Etat les travailleurs sur lesquels ils ont bâti leurs fortunes.

Cette fermeture est un exemple de plus de la nécessité d'interdire les licenciements dans ces groupes qui réalisent des profits.

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