Direction Départementale de l'Équipement (Grenoble) : Un ouvrier très grièvement brûlé06/07/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/07/une-1721.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Direction Départementale de l'Équipement (Grenoble) : Un ouvrier très grièvement brûlé

Le 25 juin, un ouvrier a été très gravement brûlé au Parc de l'Equipement de Grenoble, un établissement qui dépend lui-même de la Direction Départementale de l'Equipement.

Quatre-vingt ouvriers, des mécaniciens, carrossiers, peintres, électriciens... travaillent au Parc dans deux bâtiments séparés d'une trentaine de kilomètres. Ils sont chargés d'entretenir, d'équiper et de réparer tous les véhicules (voitures, fourgons, camions, chasse-neige...) des services du département. Il y a une dizaine d'années, l'activité du Parc a été séparée de la DDE et le Parc est devenu un EPIC (Etablissement à Caractère Industriel et Commercial), toujours placé sous la responsabilité de la DDE. Les autres services sont devenus des "clients" du Parc qui leur facture toutes ses prestations. Si au départ de sa transformation en EPIC, le Parc devait "équilibrer" ses comptes, aujourd'hui il affiche carrément des bénéfices. Les ouvriers, qui ont un statut d'"ouvriers d'État" (et non pas de fonctionnaires, comme les autres agents de la DDE) craignent une privatisation.

Depuis un an, la direction paie les conseils, très coûteux, d'un cabinet d'études en qualité dans le but d'obtenir le label ISO 9002. Et depuis, les ouvriers assistent à une espèce de foire à la "qualité" avec grand-messe de la hiérarchie, briefings réguliers, cahiers "quali-plus" pour ceux qui auraient des idées, etc. La dernière trouvaille du cabinet - les chefs tout seuls n'y auraient pas pensé - a été la remise en état de l'atelier, pas pour le bien-être des ouvriers, mais pour avoir la norme !

Le Parc de Grenoble a donc arrêté son activité quelques jours et les ouvriers ont été mis au nettoyage, rangement et peinture, ce qui n'avait pas été fait depuis des années. L'évènement était tellement exceptionnel et la prouesse si évidente que la chef du Parc a organisé un pot pour tout le monde. Il ne restait plus que les fosses à nettoyer et les ouvriers furent priés de s'y atteler en vitesse. C'est donc le lundi 25 juin, en début d'après-midi, alors qu'il y avait la canicule sur toute la cuvette grenobloise, que notre camarade s'est enflammé entièrement à l'intérieur de la fosse qu'il nettoyait avec de l'acétone, produit hautement inflammable et toxique qui devrait être interdit dans un atelier. Il a été évacué au service des grands brûlés de l'hôpital de La Timone, à Marseille, à 300 km de sa famille, car il n'y avait plus de place dans celui de Lyon ! Il est toujours dans un état critique et maintenu dans un coma artificiel sous respiration assistée.

Les ouvriers du Parc sont sous le choc, personne n'a travaillé l'après-midi de l'accident. Quant à la direction, elle a vite ouvert le parapluie et affirme sans honte que l'ouvrier est responsable : il aurait allumé un briquet, donc il ne faut pas faire de vagues, "pour le protéger" dit-elle. Malheureusement les mêmes arguments sont repris par certains responsables syndicaux, au nom d'une bien étrange défense de l'image du service public.

La direction et la hiérarchie du Parc sont entièrement responsables de ce qui s'est passé. Aucune précaution n'a été prise pour le nettoyage de cet atelier. Les ouvriers avaient fait remarquer à plusieurs reprises que beaucoup trop de produits nocifs étaient utilisés et stockés dans n'importe quelles conditions. Tout a été fait dans le seul but de "faire de la mousse" comme disent les ouvriers, c'est-à-dire l'occasion pour la hiérarchie, de se faire bien voir auprès de la direction qui en fait autant auprès du ministère.

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