Ils se sucrent29/06/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/06/une-1720.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Ils se sucrent

Les capitalistes de l'industrie sucrière s'apprêteraient à déclarer forfait. Le groupe le plus important, Eridania Beghin-Say, qui est en fait aux mains du conglomérat italien de l'électricité et de l'agro-alimentaire Montedison, vient de scinder la société en quatre, et fait savoir qu'il va s'en désengager. Même son de cloche chez ceux qui contrôlent le second groupe sucrier, Saint-Louis Sucre, c'est-à-dire la famille Agnelli, propriétaire de Fiat, et le groupe belgo-luxembourgeois Albert-frères.

Pour les actionnaires de ces sociétés, le sucre de betterave aura représenté pendant des années un pactole. Grâce à un système de quotas et de prix garantis pour la plus grande partie de leur production, ils recevaient 3 790 F la tonne, alors que le prix du marché mondial est à 2 100 F. Un règlement censé protéger le petit planteur de betterave, mais qui permettait aux gros betteraviers et aux industriels du secteur d'engranger des bénéfices confortables.

Selon les industriels du sucre, leur industrie produit à un taux de rentabilité de 12 %. Celui-ci leur a été garanti non seulement par la rente découlant des prix garantis, mais aussi par une exploitation sans cesse accrue des salariés travaillant dans leurs sucreries. Ces dernières années, des dizaines d'unités de production ont fermé, en Picardie, en Champagne ou dans les Ardennes, pour concentrer le travail sur quelques sites plus importants, permettant des économies de personnel et des campagnes sucrières un peu plus longues. Et à chaque fois, des villages dont la sucrerie était le seul employeur en ont pâti, les travailleurs se voyant proposer un emploi bien loin de chez eux ou étant purement et simplement remerciés.

Aujourd'hui, ce système des prix garantis vit semble-t-il ses dernières années, les institutions européennes voulant l'abandonner. Du coup, le sucre de betterave risque de devenir beaucoup moins rentable pour les industriels de la branche. Ils envisagent de reprendre leurs capitaux avant la tourmente et d'aller voir ailleurs s'ils peuvent trouver une aussi bonne aubaine. On peut déjà prévoir que c'est aux petits planteurs de betterave et aux travailleurs de l'industrie sucrière que l'on demandera au bout du compte de se sacrifier aux "lois du marché", comme on l'a déjà fait à chaque fermeture d'usine. Mais puisque les possesseurs de Beghin-Say et de Saint-Louis Sucre se vantent d'avoir été assis pendant des années sur un "tas d'or", c'est à eux qu'il faudrait demander des comptes.

Partager