Guerre d'Algérie : Quand Jospin défend "l'honneur" de l'armée25/05/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/05/une-1715.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Guerre d'Algérie : Quand Jospin défend "l'honneur" de l'armée

Réagissant aux "révélations" d'Aussaresses sur la torture en Algérie, Jospin a tenu à rendre un hommage appuyé à l'armée : "Ceux qui ont accompli des actes barbares et inhumains non conformes à l'honneur, doivent être stigmatisés. Tous ceux qui ont simplement fait leur devoir, qui ne doivent en rien être confondus avec les tortionnaires, ceux-là méritent seulement, quarante ans après, d'être salués. Je les salue !"

Jospin fait donc semblant de croire que le débat se résume à l'opposition entre ceux qui seraient les tortionnaires et autres auteurs d'actes "non conformes à l'honneur", et le reste de l'armée. Mais le hic, c'est que les tortionnaires, eux aussi déclarent n'avoir fait que leur devoir et n'avoir obéi qu'aux ordres reçus. Pour l'essentiel, ces crimes ont été ordonnés, encouragés et en tout cas couverts à l'époque par la quasi-totalité de la hiérarchie de l'armée française ! La pratique de celle-ci en Algérie, de haut en bas, et quels que soient les sentiments et le dégoût de tous ceux que l'on avait menés dans un tel enfer, ne fut que la suite de ce qui avait été pratiqué en Indochine.

Et surtout, et c'est justement ce qu'a voulu éluder Jospin -et à sa suite les autres dirigeants socialistes- cette armée n'était que l'instrument d'une politique décidée entre autres par des politiciens comme Mitterrand, que Jospin non seulement ne renie pas mais couvre aujourd'hui, à défaut d'oser le justifier ouvertement.

Les victimes de l'armée française en Algérie ne furent pas seulement celles de tortionnaires à la Aussaresses. Elles le furent des choix des dirigeants politiques. Elles se comptèrent par centaines de milliers du côté algérien. Et la vérité sur cette macabre comptabilité comme sur la responsabilité des colonisateurs et de l'armée française, que l'on ne peut mettre en balance avec les choix politiques et les méthodes de ceux qui luttaient pour leur indépendance, n'est pas difficile à connaître. Et pour cela, il n'est pas besoin d'en appeler à un "devoir de mémoire" d'historiens, comme Jospin l'a fait une nouvelle fois à cette occasion. Comme s'il s'agissait de peser le pour ou le contre, de mettre en balance les exactions des uns face aux exactions des autres. Il aurait été pourtant simple d'appeler un chat un chat, et la domination coloniale, les exactions qui l'accompagnèrent et les pleins pouvoirs accordés à l'état-major, des crapuleries.

Oui, mais Jospin s'y refuse et pratique l'esquive. Ce silence éloquent montre qu'il s'inscrit dans la continuité mitterrandienne, sans réserve.

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