Usinor : Contre les licenciements, les sidérurgistes belges débarquent au siège23/03/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/03/une-1706.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Usinor : Contre les licenciements, les sidérurgistes belges débarquent au siège

Attention : alerte à Pacific mardi 12 mars. La Défense est en émoi ! C'est la venue de plus de deux cents ouvriers et délégués syndicaux des usines belges de Cockerill Sambre et syndicalistes de la Métallurgie qui a fait souffler un vent de panique sur l'immeuble Pacific, siège social du groupe Usinor à la Défense.

Déjà la veille, dès l'annonce de la venue de salariés des bassins sidérurgiques de Charleroi et de Liège au siège, pour manifester contre les projets de restructuration consécutifs à la fusion d'Usinor avec Arbed et Aceralia, les publications et plaquettes, puis les présentoirs eux-mêmes avaient été retirés du hall d'entrée. Le mardi matin c'était au tour des fauteuils, banquettes et tables basses de quitter les lieux afin de limiter toute casse éventuelle.

Car le fantôme de la casse hante encore les nuits des directeurs d'Usinor. Ils craignaient de voir se répéter le scénario de 1982, lorsque les sidérurgistes de Lorraine licenciés avaient débarqué dans les anciens locaux et qu'ils avaient brisé toutes les vitres du rez-de-chaussée. Or ce 12 mars, des raisons de briser des vitres, les sidérurgistes des bassins de Liège et Charleroi en avaient eux aussi.

Depuis le rachat de Cockerill Sambre par Usinor en 1998, les annonces de restructurations se sont succédé, alors que la Commission européenne a constaté que le secteur de l'acier avait connu une année record en 2000 et que les prévisions pour 2001 sont tout aussi prometteuses. Le 19 février dernier, en annonçant la fusion d'Usinor avec Arbed et Aceralia, Francis Mer, PDG du Groupe Usinor, a fait part de la fermeture à terme de la ligne à chaud (haut fourneau et aciérie) de Cockerill Sambre à Charleroi. C'est un site qui regroupe actuellement près de 1 500 ouvriers dont les emplois sont immédiatement menacés. Trois semaines plus tard, le 7 mars, dans l'euphorie de la présentation des résultats 2000 qui seraient, selon Francis Mer lui-même, les meilleurs enregistrés par le Groupe depuis 1995, il a annoncé son intention de "remettre en état" Industeel Belgium (ex-Fafer, 1 200 salariés), c'est-à-dire de lancer un plan de restructuration qui menacerait d'autres emplois.

Ces mesures s'ajoutent à l'annonce faite en janvier dernier de la suppression de 350 emplois chez Usinor Packaging, filiale regroupant les activités de la branche acier pour emballages (fer blanc) du Groupe et dont les sites de production sont situés à Basse-Indre (Loire-Atlantique), Florange (Moselle), Mardyck près de Dunkerque (Nord) et Liège.

Depuis plusieurs années le phénomène de concentration dans la sidérurgie se traduit par des profits qui s'accroissent et des emplois qui diminuent : la sidérurgie de l'Union européenne représente aujourd'hui près de 270 000 postes contre un demi-million au début des années 1980.

Usinor, c'est une production de 22,15 millions de tonnes d'acier brut (chiffre de 1999), répartie notamment sur les sites d'Arvedi et de La Magona en Italie, du pôle sidérurgique de Sagonte en Espagne, d'Eko Stahl en Allemagne, Cockerill Sambre en Belgique, J & L aux Etats-Unis, Thaïnox en Thaïlande, Acesita et CST au Brésil sans oublier Sollac et Ugine SA en France. Usinor a réalisé l'an dernier un bénéfice net part du groupe de 4,9 milliards de francs.

Et à l'automne 2001, une fois la fusion avec Arbed (Luxembourg) et Aceralia (Espagne) achevée, le nouveau groupe produira 44 millions de tonnes d'acier brut. Mais parmi les 110 000 salariés qu'il regroupera alors, combien d'emplois menacera-t-il ?

Pour l'heure c'est le devenir de l'activité du haut fourneau de Charleroi qui est sur la sellette. Seule solution de rechange aux licenciements à Cockerill, un accord a été évoqué avec le groupe sidérurgique italo-suisse Duferco, qui préserverait l'activité de la ligne à chaud de Charleroi contre la fermeture du haut fourneau et de l'aciérie voisine de Clabecq-Duferco. Les patrons se réservent de choisir entre infliger la peste ou le choléra !

Pour les travailleurs il n'est pas question d'accepter le moindre licenciement. Les délégués syndicaux de Cockerill Sambre et de la Métallurgie, réunis en front commun FGTB et CSC, ont pris rendez-vous pour le 3 avril, date à laquelle la direction d'Usinor annoncera ses décisions.

Un député du Parti Social-Chrétien de la circonscription de Charleroi, Jean-Jacques Viseur, a déclaré : "La grève générale ferait en effet le jeu d'Usinor. Le poids d'un tel mouvement serait le prétexte tout trouvé à un désengagement..." Et le même d'ajouter qu'un "mouvement général de grève serait autrement plus dommageable aux yeux des actionnaires du groupe". Plus que des prêches du député, le 3 avril prochain, les sidérurgistes belges pourraient se souvenir de leurs aînés qui étaient venus en 1982 avec les barres à mine pour se faire entendre.

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