Italie : Les travailleurs de FIAT disent non à la précarité16/02/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/02/une-1701.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans le monde

Italie : Les travailleurs de FIAT disent non à la précarité

Il y avait longtemps que l'on n'avait pas vu une telle réaction à l'usine de Mirafiori, ce quartier de Turin où se trouve la plus grosse usine du groupe automobile italien avec environ 25 000 ouvriers. Vendredi 1er février, 150 jeunes travailleurs du secteur de Carrosserie, dont le contrat à durée déterminée arrivait à son terme, s'attendaient à se voir confirmer leur embauche définitive. En fait une lettre de la direction leur annonçait qu'il n'y avait plus lieu pour eux de se présenter à l'usine à partir du lundi suivant. C'était un licenciement de fait car, jusqu'à présent, tous les jeunes arrivant au terme des deux contrats de six mois avaient été finalement embauchés. Alors, lorsque la nouvelle fut connue au cours de l'équipe du matin, c'est tout le secteur de Carrosserie qui débraya massivement.

Une réaction inattendue

L'indignation était générale parmi les travailleurs, pour qui ces jeunes faisaient depuis longtemps partie des leurs et qui les voyaient maintenant pleurer, ou bien exprimer leur dépit et leur rage au milieu de l'atelier. La grève partie du secteur de Tôlerie s'étendit rapidement en Peinture, puis à l'ensemble de l'atelier. Au changement d'équipe, les travailleurs de l'équipe d'après-midi, apprenant ce qui s'était passé, se mirent en grève à leur tour, tandis que la nouvelle du débrayage commençait à se répandre dans le reste de l'usine. Dans l'après-midi, c'était cette fois le secteur de Mécanique, assez distant de la Carrosserie et séparé du reste de l'usine par une large avenue, qui débrayait à son tour.

Lundi 5 février et les jours suivants, les jeunes licenciés sont revenus aux portes de la Carrosserie, et des débrayages ont continué, même s'ils ont été en diminuant. Les dirigeants syndicaux, après avoir rattrapé le mouvement en appelant à deux heures de grève le lundi, n'ont plus appelé à rien, évoquant des rencontres lointaines avec les autorités locales pour demander leur intervention... Mais il reste que la réaction solidaire des jeunes et des travailleurs "fixes" de Fiat a marqué, alors que depuis des années les patrons ont pu porter des attaques incessantes contre les travailleurs, avec l'appui direct du gouvernement et la collaboration des dirigeants syndicaux, en évitant pratiquement toute réaction ouvrière.

La Fiat elle-même, trop habituée depuis longtemps à imposer ce qu'elle veut aux travailleurs, ne s'attendait sans doute pas à une telle réaction. Alors que le marché automobile et les ventes de Fiat se portent bien, elle voulait sans doute signifier par ce geste, aux jeunes et à l'ensemble des travailleurs, qu'ils ne devaient pas pour autant se sentir assurés de leur poste de travail.

Depuis plusieurs années, les dirigeants de Fiat cherchent à imposer dans leurs usines la précarité du travail et la flexibilité généralisée des horaires.Dans ses nouvelles usines construites dans le Sud avec les subventions gouvernementales, Fiat a instauré la flexibilité totale, les usines tournant presque 24 heures sur 24. La direction du groupe mène aussi l'offensive dans ce sens dans les usines du Nord, faisant planer la menace de les fermer si leurs travailleurs n'acceptent pas ce qu'elle présente comme une adaptation nécessaire.

Par ailleurs, pour ce qui est de la précarité, le recours au travail intérimaire s'est généralisé en quelques années lorsque les décrets gouvernementaux l'ont rendu possible, en même temps que les contrats à durée déterminée ou la généralisation de la sous-traitance à l'intérieur même des établissements.

Les manigances de la direction de Fiat

Enfin, Fiat comme d'autres entreprises a maintenant recours à l'externalisation, des secteurs entiers de l'entreprise devenant juridiquement des entreprises autonomes dont les travailleurs n'ont plus le même statut. Ainsi les caristes et les magasiniers des usines de la région turinoise, Mirafiori et Rivalta, sont devenus subitement employés de la TNT, une entreprise fantôme qui relevait désormais non plus de la convention collective de la métallurgie mais de celle... du commerce et des transports, moins favorable ! Et puis dernièrement, en décembre 2000, ce sont les travailleurs du secteur Mécanique de Mirafiori qui ont appris qu'ils n'étaient plus salariés de Fiat mais d'une autre entreprise fantôme, la "Powertrain", apparemment fondée spécialement pour leur donner un statut différent de celui des ouvriers de l'atelier d'à-côté.

Enfin, Fiat recourt systématiquement à la "Cassa integrazione", une mise en chômage partiel indemnisée en partie par l'Etat. Depuis des mois, les travailleurs de la Mécanique à Mirafiori sont ainsi alternativement en "Cassa integrazione" pour quinze jours, et au travail pour quinze autres jours. Mais on voit aussi la direction mettre en "Cassa integrazione" certains secteurs de Rivalta d'une façon tout à fait arbitraire, mettant au chômage partiel certains travailleurs et pas les autres, sans qu'il y ait à ces décisions une quelconque logique du point de vue de la production.

Précarité croissante, flexibilité, ambiance de surveillance et de délation, tout cela les travailleurs de Fiat le ressentent bien sûr comme une dégradation de leurs conditions de vie et de travail et comme une menace permanente de la direction de Fiat. Et en effet celle-ci veut sans doute avant tout menacer, faire peur, montrer aux travailleurs qu'elle peut tout se permettre.

Malgré la disponibilité des syndicats, elle repousse la signature de l'accord d'entreprise, sans doute au bout du compte pour imposer à ceux-ci encore d'autres concessions sous la menace de fermer des secteurs entiers, de transférer des productions à l'étranger ou de faire faire par exemple ses moteurs ailleurs, par exemple dans des usines du trust General Motors, avec lequel le groupe Fiat est maintenant lié par un accord ; même s'il y a sans doute dans ces menaces une grande partie de bluff.

C'est cependant compter sans la réaction des travailleurs. La grève de ceux de Mirafiori, vendredi 1er février, est peut-être l'indice qu'ils ne sont plus prêts à supporter toutes ces sombres manigances de la direction du groupe.

Partager