Immigration : Les négriers du 3ème millénaire16/02/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/02/une-1701.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Immigration : Les négriers du 3ème millénaire

Prétextant des pénuries de main-d'oeuvre, qui se limitent en fait à certaines branches, et qui sont en fait localisées et même dramatisées volontairement, des dirigeants d'organismes patronaux plaident pour un assouplissement des mesures de contrôle de l'immigration.

Emboîtant le pas à un responsable de l'Union des Industries Métallurgiques et Minières, la Chambre de Commerce de Paris demande que face aux difficultés de recrutement dans les secteurs non seulement du BTP et de la restauration, mais aussi dans celui des nouvelles technologies, des assurances, voire des banques, de l'agro-alimentaire, des industries métallurgiques, du transport et de la manutention, l'on adopte une approche plus flexible de l'ouverture des frontières aux immigrés, des changements légaux qui donneraient la possibilité pour les étudiants étrangers de travailler en France pendant leurs études.

Cette démarche est bassement intéressée, comme le soulignent ces termes employés par un des dirigeants patronaux, déclarant qu'il fallait "renouveler le stock de main-d'oeuvre étrangère", autrement dit remplacer les immigrés vieillissant par de nouveaux, plus jeunes et en meilleure forme.

Le MEDEF, quant à lui, considère que ce débat ne serait "pas pertinent", arguant avec le même mépris pour les travailleurs que, avant tout changement en ce qui concerne l'immigration, il serait nécessaire "de remettre au travail la partie de la population qui, en France, ne souhaite pas travailler". Comme si les chômeurs étaient des fainéants, et comme si le MEDEF et les entreprises qu'il représente, n'étaient pas les premiers responsables de ces plus de deux millions de travailleurs qui sont privés de travail et d'un revenu décent !

Pour ajouter à cette discussion, l'inspirateur des lois Chevènement, Patrick Weil, s'en est mêlé, proposant de différencier travailleurs qualifiés et non qualifiés. Pour les non-qualifiés, les lois actuelles sur le regroupement familial, plus des accords pluri-annuels avec les Etats d'où proviennent régulièrement des travailleurs saisonniers, suffiraient selon lui, tandis que pour la main-d'oeuvre qualifiée, il souhaiterait que les étudiants étrangers puissent travailler en France à la fin de leurs études.

Enfin, à tout cela, le gouvernement a répondu, ce qui n'est guère étonnant en cette période électorale, qu'il est urgent de ne rien faire... Toute cette discussion qui n'est pas nouvelle, a le mérite de montrer en quels termes le monde patronal se pose ces problèmes. Car ouvrir ou fermer plus ou moins les frontières, profiter en fait de l'existence de pays pauvres, appauvris par les riches des pays dits riches - des pays où la population cherche, souvent dans les pires conditions, à aller gagner une maigre pitance loin de chez elle - n'est qu'un moyen de se fournir une main-d'oeuvre sous-payée et vulnérable. Les patrons utilisent cette situation pour peser sur l'ensemble des salaires. Et ils ne prennent même pas la peine de s'en défendre.

Ce dont discutent les milieux patronaux, ce n'est pas de changer quoi que ce soit, même pas de revenir sur la restriction du flux d'immigration décrétée en France depuis 1974, ou de revenir sur la législation concernant les possibilités de naturalisation des étrangers ; ce dont ils discutent, c'est de la meilleure façon d'adapter, au mieux de leurs besoins, la venue d'une main-d'oeuvre étrangère, qu'ils souhaitent dans la situation la plus précaire. Un débat qui illustre la façon dont les patrons considèrent les travailleurs immigrés, mais en fait du même coup tous les travailleurs.

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