Citroën Saint-Ouen (93) - Elections professionnelles : Progression de la CGT01/12/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/12/une-1690.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Citroën Saint-Ouen (93) - Elections professionnelles : Progression de la CGT

Les élections professionnelles ont eu lieu le 23 novembre à l'usine Citroën de Saint-Ouen, en région parisienne. La CGT y est devenue majoritaire au 1er collège (ouvriers et employés) avec pour la CGT 51 %, pour la CSL 45,5 %, CFDT et CFTC totalisant 3,5 %. C'est la première fois que cela arrive depuis près de 30 ans.

En effet, dans les années qui ont suivi la grève de 1968, la direction avait mis en place un syndicat patronal, la CFT. Dans un premier temps, il s'agissait de fournir des gros bras contre les militants, principalement de la CGT mais pas seulement. La direction n'était pas regardante sur le recrutement de ses hommes de main. En 1977, lorsqu'un militant de la CFT assassina un militant CGT en grève aux Verreries Mécaniques de Reims, le sigle CFT commença à devenir trop chargé. Le syndicat patronal changea donc de nom et devint la CSL.

Les grèves de 1982 à 1984 chez Citroën, en partie contre la CSL, entraînèrent la direction à assouplir ses méthodes. Les gros bras furent mis sur la touche. Les délégués CSL n'étaient plus que des salariés prêts à tout accepter de la part de la direction, parfois mis sur les listes contre leur gré. Mais la pression était maintenue. Lors des élections, des ouvriers étaient interdits de vote, certains devaient ramener le bulletin CGT au chef, etc. C'est cette pression, alliée à la démoralisation qui a accompagné les nombreux plans de licenciements, qui a permis à la CSL de rester, dans toutes les usines Citroën, le premier syndicat, et souvent le syndicat majoritaire jusqu'en 1999.

Depuis 1998, la direction a infléchi sa politique. Pas seulement parce que les syndicalistes CGT du groupe PSA ont attaqué les directions avec succès pour discrimination syndicale. Mais surtout parce que, avec la reprise des embauches, la direction s'est rendue compte que sa politique antisyndicale risquait de ne plus passer. Elle a mis la CSL en sevrage en arrêtant de lui donner le biberon, pour la laisser faire.

En 1999, à Peugeot-Poissy, une grande partie des militants de la CSL passa à FO. Cela correspondait avec la montée du mécontentement des ouvriers : les salaires ne bougeant pas, les congés d'été remis en cause, l'application des 35 heures aggravant les conditions de travail et de vie ; tous ces reculs étant entérinés par des accords signés par tous les syndicats sauf la CGT. Cela ne fut pas une réussite pour eux. La CGT y devint le premier syndicat et le total FO / CSL recula de 20 %.

Alors, pour les élections à l'usine de Rennes de septembre 2000, la direction a plutôt favorisé les autres syndicats dits représentatifs : FO, CFTC, CGC, voire CFDT. Ces syndicats ont bien récupéré une partie des voix perdues par la CSL mais la CGT est là aussi devenue le premier syndicat avec 38 % des voix. La CSL, quant à elle, changeait encore de nom pour s'appeler SIA (Syndicat Indépendant de l'Automobile), mais les ouvriers prononcent CIA!

A Saint-Ouen, en revanche la direction a continué de favoriser le seul syndicat SIA / CSL. Mais le mécontentement est tel que ça n'a pas suffi. Les reculs imposés par la direction ne passent pas. Des ouvriers ont changé leur vote. Et les nouveaux embauchés ont largement voté CGT. Il faut dire qu'avec des salaires nets qui stagnent autour de 7 000 F pour des ouvriers en équipe, cela fait douter des promesses de promotion faites par les chefs. Sur les bureaux de vote des Presses où les pressions étaient auparavant énormes, la CSL a donc perdu jusqu'à 20 % des voix au profit de la CGT. Et le changement est réel dans tous les secteurs. Jusqu'aux 2e et 3e collège où, les chefs et les cadres étant privés de choix car seul le syndicat patronal y avait des candidats, les votes blancs et nuls ont représenté jusqu'à 16 % des votants.

Les ouvriers ont le moral et certains disaient dès le soir du vote : maintenant, il va falloir s'occuper des salaires!

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