Etats-Unis : Bush, ils gagnent, Gore, on perd24/11/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/11/une-1689.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans le monde

Etats-Unis : Bush, ils gagnent, Gore, on perd

La non-élection du président des Etats-Unis traîne en longueur. Le résultat devait être proclamé samedi 18 novembre, mais la Cour suprême de Floride a remis sa décision à plus tard, normalement après l'audition des deux candidats, Bush et Gore, qui devait avoir lieu dans la journée de mardi 21. Mais, la date butoir pour le résultat étant le 12 décembre, la décision pourrait encore être repoussée. Cependant, selon Clinton, il ne faudrait pas voir là une "crise du système démocratique américain"...

Dans l'affaire "Bush contre Gore", des armées d'avocats, représentant les deux candidats, ont déposé auprès de la Cour suprême de Floride des cartons d'arguments.

Le clan Bush, de son côté, met en avant 930 voix d'avance, tandis que le clan Gore reste convaincu que le recomptage lui permettra de refaire son handicap. Les uns et les autres s'accusent mutuellement de manipuler les votes.

Sans doute, le mode de scrutin américain, qui en vaut bien d'autres tout aussi tordus dans ce monde qui se prétend démocratique, aura révélé ses limites à l'occasion de cette élection. Mais en fait c'est tout le système politique qui relève du jeu de "pile je gagne, face tu perds". Les deux appareils politiques, le Parti Démocrate et le Parti Républicain, sont des machineries au comportement identique. Elles sélectionnent l'une et l'autre des candidats qui se ressemblent de plus en plus.

C'était particulièrement évident dans cette élection où les deux candidats avaient choisi de gommer ce qui pouvait les distinguer. Sur bien des sujets, laissés hors de la campagne, ils affichaient une opinion identique, comme par exemple sur la peine de mort. La campagne s'est ensuite polarisée sur certains thèmes, notamment l'avenir des retraites, où les candidats n'avaient pas d'opposition tranchée sur le fond, partisans l'un et l'autre de la privatisation, et n'affichaient que des toutes petites nuances d'opinion.

En tout cas, une moitié d'électeurs américains a choisi comme d'habitude de rester chez soi. Et, contrairement à ce que prétendent ceux qui veulent à tout prix pousser les citoyens vers les urnes, même quand il n'y a aucun choix réel - et choisir entre Bush et Gore, c'est choisir entre la peste et le choléra - ceux qui ont préféré rester chez eux parce qu'ils sentaient que ces deux candidats représentaient un monde hostile aux classes laborieuses n'ont pas été les moins bien inspirés.

En effet, Bush et Gore sont tout à fait interchangeables et disposent d'atouts différents, mais somme toute équivalents, pour remplir leur rôle qui est de donner un visage au plus puissant Etat capitaliste de la planète. L'un comme l'autre sauront représenter et servir les intérêts de la plus puissante classe dirigeante du monde, la bourgeoisie américaine. L'ensemble de l'Etat américain est conçu pour pourvoir à ce résultat indépendamment du choix du président. Et c'est pourquoi il n'y a pas de quoi s'étonner, comme le font ces jours-ci certains journaux français, que "l'idiot du village global" - ils pensent à Bush - puisse être président des Etats-Unis. Il ne sera ni mieux ni pire dans le rôle que le vieil acteur gâteux qu'était Ronald Reagan. L'appareil d'Etat américain en a vu d'autres.

Le quotient intellectuel du président ou ses connaissances en politique extérieure, par exemple, ne sont en tout cas pas un problème pour le patronat et les courtiers en Bourse. Dans la presse américaine, ils expliquaient il y a quelques jours ce qu'ils attendent de cette élection présidentielle. Ils préféreraient la cohabitation : un président démocrate et des Républicains contrôlant la Chambre des représentants, plutôt que tout sous le contrôle des Républicains (ce serait le cas, si c'est Bush qui est élu). C'est qu'ils viennent de vivre, pendant six ans, le premier cas de figure avec Clinton. Pendant cette période, la progression de la Bourse a été de 13,5 % par an, un résultat deux fois meilleur, paraît-il, que dans le cas où le président et la Chambres des représentants sont de même couleur politique.

Ce que le patronat américain attend du président, c'est de pouvoir gagner encore plus d'argent. Et cette répartition des rôles entre Démocrates et Républicains, à laquelle ils disent aspirer, est une façon de réaffirmer que les uns comme les autres servent le camp des riches.

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