SMIC : Un salaire de misère03/11/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/11/une-1686.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

SMIC : Un salaire de misère

Des dirigeants du Parti Socialiste viennent de proposer que le Smic soit indexé sur la croissance ; c'est-à-dire que si l'ensemble des richesses produites dans le pays en un an - ce qu'on appelle le Produit Intérieur Brut ou PIB - monte par exemple de 3 %, le Smic serait augmenté automatiquement de 3 %. On laisse même entendre que Jospin, à la recherche de propositions qui donneraient un cachet plus social à sa politique, se laisserait tenter par ce projet.

Mais c'est le genre de fausse bonne idée qu'affectent les politiciens : cela ressemble à une mesure logique, nouvelle, et ils laissent entendre que cela résoudrait de façon radicale le problème de l'évolution du Smic. Mais c'est surtout un attrape-nigaud.

Rappelons d'abord que le C de Smic évoquait justement un lien avec la croissance. Quand l'ancien SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti) a été remplacé par le Smic (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance), c'était explicitement pour que les bas salaires profitent, nous disait-on à l'époque, de la croissance. Et de fait, le Smic a augmenté à peu près au rythme du PIB. En tout cas, depuis au moins dix ans, les deux courbes sont à peu de chose près identiques. Le réglage se fait actuellement " à vue de nez " : le Smic est plus ou moins indexé sur l'évolution des prix et des salaires, mais il reçoit aussi chaque année un " coup de pouce ", qui dépend des calculs politiciens du moment, mais qui dans les faits lui fait suivre à peu près la croissance.

Mais cela n'empêche pas le Smic d'être beaucoup trop faible ! C'est même une évidence : le Smic n'est pas un vrai salaire, il est plutôt une espèce de seuil, de repère, de la misère. Les politiciens en sont à discuter doctement de la tentation qu'auraient certains chômeurs de rester sans travail plutôt que de passer 35 heures (ou plus) par semaine à l'usine ou au bureau pour gagner cette misère. Cela illustre le fait que le Smic est ridiculement bas.

Le pire est que de nombreux salariés gagnent nettement moins que ce Smic. Celui-ci ne représente nullement un plancher infranchissable. Avec le développement de la précarité, du temps partiel imposé - comme pour ces caissières de supermarché qui travaillent à mi-temps par tranches tellement découpées qu'il est impossible de trouver un autre travail en complément - avec les emplois spéciaux pour les jeunes et autres stages bidon, de très nombreux salariés sont non seulement en-dessous du Smic mais gagnent moins que le seuil de pauvreté, que l'on évalue en France à 3 500 F par mois. Il y a ainsi en France 860 000 salariés qui travaillent douze mois sur douze, mais qui n'atteignent pas ces fameux 3 500 F, et près de 450 000 salariés qui sont en-dessous de ce seuil parce que, sans être comptés comme chômeurs, ils n'ont pas réussi à trouver du travail tous les mois. Sans compter les nombreux chômeurs qui sont eux aussi en-dessous du seuil de pauvreté (plus de 500 000 chômeurs sont dans ce cas). La situation de ces " travailleurs pauvres " comme on dit aujourd'hui touche aussi les gens qui vivent sous le même toit, ce qui multiplie encore ces chiffres.

Pour que les revenus des salariés du bas de l'échelle sociale deviennent décents, il ne suffira évidemment pas d'indexer le Smic sur la croissance, mais il faudra un grand coup de colère, et un grand coup d'ascenseur pour l'ensemble des salaires.

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