Renault - Flins (78) : La direction nous met en congé... à nos frais03/11/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/11/une-1686.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Renault - Flins (78) : La direction nous met en congé... à nos frais

L'usine Renault de Flins a chômé du 30 octobre au 4 novembre. Cela a été annoncé en deux fois : lundi 23 octobre, on a appris qu'on ne travaillerait pas les 30 et 31 octobre ; quatre jours plus tard, on apprenait la fermeture pour la semaine. Cela n'a chagriné personne mais on a constaté une fois de plus qu'on était prévenu au dernier moment.

La raison de cette fermeture : les parcs étaient engorgés de plus de 8 000 voitures incomplètes quand la direction a pris sa décision ; à la fin de la semaine, au rythme de 2 000 véhicules produits par jour, dont la moitié au moins incomplets, cela frôlait les 10 000. Les fournisseurs n'arrivant pas à suivre le rythme de la production qui a encore augmenté avec la mise en place d'une équipe de nuit, on trouve ainsi des voitures qui sortent des chaînes emmaillotées de film étirable, en attendant de recevoir leurs vitres. D'autres attendent des durites, des flexibles de freins, etc. Certaines voitures cumulent les défauts : il leur manque quatre voire cinq pièces.

A cela s'ajoute le fait qu'avec les cadences de plus en plus rapides, cette production par à-coups en raison du manque de pièces entraîne des cafouillages ; des roues bas de gamme se retrouvent sur des voitures haut-de-gamme et vice versa, ce qui augmente d'autant le nombre de véhicules à retoucher.

Bien sûr, une catégorie de travailleurs n'a pas chômé cette semaine : les retoucheurs. Ils ont été rejoints en partie par la maintenance, puisque c'est un des rares moments où on peut remettre en état des installations utilisées 21 heures sur 24 et souvent en panne.

Tout cela est le résultat de la politique délibérée de la direction : flux tendu et mise en route de la fabrication même si on sait dès le départ que les voitures sortiront sans être terminées. Elle compte sur la flexibilité, les heures supplémentaires en pagaille pour les faire retoucher ; dès qu'il fait à peine jour, sur les parkings en plein air, les retoucheurs s'activent dans n'importe quelles conditions. Sauf qu'une voiture, même pas finie, cela tient de la place et qu'il arrive un moment où il n'y a plus un mètre carré de libre !

C'est ce qui vient de se produire, d'où ces vacances à nos frais puisqu'elles sont prises sur le fameux capital-temps, ces heures supplémentaires imposées - au-delà des 35 heures - et non payées qu'on effectue tout au long de l'année pour que la direction nous dise de rester chez nous quand elle l'a décidé !

Le travail est tellement dur que deux mois et demi après le retour des congés, tout le monde en a plus qu'assez. La semaine de pause a donc été bien accueillie et les travailleurs des Presses, obligés de revenir avant les autres, le vendredi 3 novembre, sous prétexte de fournir les usines d'Espagne et de Slovénie, ont protesté en débrayant. Ils tenaient à dire qu'ils ne sont pas prêts à obéir au moindre claquement de doigt.

Le plus comique, c'est que juste avant l'annonce de la fermeture, la direction avait rassuré sa maîtrise sur la diminution des ruptures d'approvisionnement et commencé à réunir le personnel par groupe de 250 à 300 pour nous expliquer que l'avenir de Flins était assuré avec des nouveaux modèles pour 2005... à condition de rester vigilants sur la qualité !

Partager