Michelin - Clermont-Ferrand (63) : Les profits gonflent, la colère éclate03/11/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/11/une-1686.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Michelin - Clermont-Ferrand (63) : Les profits gonflent, la colère éclate

" Il ne reste plus que quelques réglages à faire ", affirmait tranquillement la direction de Michelin au début de la semaine dernière, persuadée de pouvoir achever les discussions avec les syndicats, qui durent depuis un an, sur l'application des 35 heures.

Mais surprise de taille, ainsi que chez les responsables syndicaux qui n'avaient certainement pas prévu cela : des coups de colère à répétition ont éclaté chez les ouvriers en production, avec débrayages et blocage des portes.

Depuis septembre 1999, il y a eu treize réunions dites " paritaires entre syndicats et direction ", pour rechercher un accord sur l'application de la loi Aubry des 35 heures.

Et à chaque veille de ces réunions, les syndicats CGT, CFDT et FO ont appelé, tant à Clermont-Ferrand que dans les autres sites comme Bourges, Cholet, Tours, Roanne, etc., à des débrayages de deux à trois heures, touchant essentiellement les ouvriers en 3 x 8, donc, ceux en équipes.

Mais ces " journées d'action " ont lassé les ouvriers combatifs qui se rendent compte de leur peu d'efficacité, avec toujours le même rassemblement, à quelques centaines, devant l'usine de Cataroux, la promenade jusqu'aux Carmes devant les bureaux et la direction, mais dont les entrées sont bien gardées par un service d'ordre composé par des cadres et la maîtrise mobilisée à cet effet. Les coups de sifflets, les explosions de pétards ou quelques pneus brûlés par quelques syndicalistes ne suffisant manifestement pas à impressionner Michelin !

Alors on a vu, depuis une quinzaine de jours, des travailleurs se mettre en colère et prendre des initiatives non programmées par les syndicats.

Déjà vers la mi-octobre, à l'occasion d'un énième débrayage, la CGT avait prévu de faire prendre le casse-croûte devant les principales entrées, histoire de faire faire un geste original et d'essayer de toucher l'attention des mensuels, ceux travaillant en 2 x 4 dans les bureaux.

Mais le très mauvais temps ce jour-là obligea à annuler ce projet. C'est alors qu'à Ladoux, une cinquantaine d'ouvriers décidèrent, malgré les averses de pluie, de se passer totalement de l'avis des syndicalistes et de bloquer l'entrée, ce qui provoqua très vite une belle pagaille, un embouteillage considérable, les voitures ne pouvant ni avancer ni reculer. Mais sans provoquer l'hostilité de ceux arrivant au fur et à mesure, car les grévistes expliquaient aux occupants des voitures, leurs camarades de travail, les raisons de leur geste. Seuls des chefs s'affolèrent, jouèrent aux gendarmes à coups de sifflets, mais sans beaucoup d'efficacité. Et du coup, cela fit beaucoup discuter dans les ateliers et les labos.

Le mécontentement des ouvriers ne faiblit pas

Une autre manifestation surprise éclata mardi 24 octobre, veille de la 13e journée de négociation. L'habituel débrayage de deux heures avait été fixé par les syndicats à partir de 11 heures du matin. Mais des groupes d'ouvriers, une centaine, décidèrent brusquement de fermer deux des principales entrées de Cataroux, qui est la plus grosse des usines clermontoises, avec 4 000 ouvriers. La même scène se produisit en même temps à La Combaude où il y a plus de 2 000 salariés. Résultat : l'intense trafic de camions et de navettes a été bloqué, et vers midi, des centaines de mensuels travaillant en 2 x 4 n'ont pas pu sortir pour aller déjeuner ! Ce qui n'était peut-être pas le meilleur moyen de les associer à la lutte. Ils ont dû faire demi-tour et sortir par une petite porte, habituellement fermée, que la direction avait fait ouvrir, ce qui les obligea à un long détour à pied.

L'ultimatum de Michelin

Les ouvriers des ateliers de production ne décolèrent pas contre les exigences de Michelin, qui a averti les syndicats dans la journée de mercredi 25 de ce qu'il exige. Sur les horaires il présente son projet comme s'il faisait une énorme concession : le travail de nuit pour les équipes C (de nuit) ne sera plus obligatoire, mais au volontariat et payé à 75 % en plus. Mais il est décidé à maintenir le travail les samedis, ce qui constitue le principal motif de mécontentement depuis des mois, les ouvriers tenant à avoir enfin tous leurs samedis libres.

Les heures supplémentaires, elles, seraient payées seulement à 10 % en plus le matin, à 20 % l'après-midi, soit nettement moins qu'actuellement. Pour les jours de congés, il y en aurait dix de plus, mais décomposés de telle sorte que la plus grande partie serait à prendre au gré de la maîtrise et non pas quand cela arrangerait chacun.

Enfin sur les salaires, 3,5 % d'augmentation pour les ouvriers et dont 1,7 % seulement en mai 2001 et le reste sous forme d'augmentation individuelle, en clair à la tête du client. Pour ceux des bureaux (services commerciaux, du personnel, labos), ce serait 4 % au lieu des 3 % annoncés il y a quelques mois.

Mais si le 8 novembre, les syndicats refusaient de signer, Michelin menace de claquer la porte et de retirer toutes ses propositions, en appliquant la loi Aubry au minimum.

Il fait du chantage à l'embauche : refus de tenir sa promesse d'embaucher 1 000 personnes - rappelons tout de même qu'il est en train de supprimer 7 500 postes dans ses usines en Europe, dont près d'un millier ces jours-ci dans la plus ancienne d'Angleterre. Michelin redouble son chantage concernant le départ des préretraitables qui, au lieu de quitter l'usine à partir de 56 ans, devraient attendre les 60 ans ! Troisième forme de chantage : sur les salaires, avec 1,3 % seulement d'augmentation, et pas avant mai 2001, tout en continuant à remuer le couteau dans la plaie : le maintien des samedis travaillés, avec des prolongements sur les dimanches.

La colère déborde

Le chantage de Michelin a gonflé le nombre des mécontents. Chacun voit bien que le patron voudrait l'accord des syndicats pour aggraver la flexibilité, faire augmenter la productivité, et rafler au passage la prime gouvernementale estimée à 150 millions de francs. Mais beaucoup ne l'entendent pas de cette oreille.

Vendredi 27 octobre, par surprise, encore une fois, en dehors de toute consigne syndicale (aucun syndicat n'avait appelé à la grève), des centaines d'ouvriers ont réagi, cessé le travail et bloqué des portes.

Comme cela s'était déjà produit, c'est l'équipe de nuit O 22 à Cataroux qui a lancé le mouvement, entraînant leurs camarades, l'équipe du matin, puis ceux des ateliers R, Z, VO, etc. A plusieurs centaines, tout au long de la journée, jusqu'à la nuit, ils ont bloqué l'entrée principale de Solignat (ou Rivoli), tant pour le personnel que pour les camions, tout en faisant brûler sans discontinuer de gros tas de pneus de récupération, ce qui provoquait une abondante fumée noire, visible dans toute la ville. Au point que la rumeur courait qu'un nouvel incendie avait éclaté chez Michelin...

La même scène se jouait à la porte Saint-Vincent, les grévistes n'étant pas assez nombreux pour bloquer toutes les nombreuses et larges entrées.

Prise une fois de plus à contre-pied, la direction accuse les ouvriers " d'incompréhension ". Les syndicats semblent bien embarrassés. Ouvertement favorable à l'accord et décidée à signer, la CFDT semble maintenant un peu hésitante, ainsi que FO. Seule la CGT dit clairement non.

Les ouvriers, eux, conscients d'être les premiers touchés par les 35 heures à la sauce Michelin-Aubry n'en veulent pas. Pour les 8 et 9 novembre prochains, Michelin tape sur la table et déclare accepter de rencontrer une " dernière fois " les syndicats pour en finir sur " les négociations ".

Les ouvriers ne se laissent pas intimider et sont décidés à montrer à nouveau ce qu'ils en pensent

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