Emplois-jeunes : Le gouvernement parle de "pérenniser"... la précarité13/10/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/10/une-1683.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Emplois-jeunes : Le gouvernement parle de "pérenniser"... la précarité

Le collège Jean-Lurçat est l'un des trois derniers "collèges Pailleron" de Seine-Saint-Denis. Il a été construit en 1967, et ne répond plus du tout aux normes de sécurité en application actuellement. Bien des commissions de contrôle de la sécurité se succèdent depuis des années au collège, nous assurant du contraire, et il a quand même fallu deux accidents touchant le personnel de service à la cantine pour que la cuisine soit entièrement rénovée l'année dernière. Par ailleurs, ce n'est que durant l'été dernier qu'ont été entrepris les travaux permettant d'évacuer certaines salles de classe en cas d'incendie, ce qui est quand même un comble quand on sait que nous ne disposons que de trois minutes pour le faire. Il faut dire que les travaux demandèrent de gros moyens car la structure du collège est amiantée (tout pour plaire), et qu'il a donc fallu confiner les salles en question.

C'est dans ce contexte que, depuis quinze jours, nous avons eu affaire à une vague de déclenchements d'alarmes incendie par certains élèves, jusqu'à douze par jour, et cela tous les jours. Avec pour résultat inévitable une concentration momentanée de tous les élèves dans la cour. Des scènes d'émeutes ont eu lieu, certains élèves organisés en bande brisant un portail, se répandant à une centaine dans la rue, cassant les voitures garées à proximité, lançant des débris de verre sur ceux restés dans la cour, jetant une élève dans un nid de guêpes dont elle est ressortie gravement piquée... Il s'en sont aussi pris aux adultes, quatre surveillantes ont dû porter plainte pour coups et insultes.

Dans un premier temps, la solution de la grève a été envisagée mais repoussée dans l'espoir de reprendre le dessus. Mais nous avons vite constaté que les moyens dont nous disposions s'avéraient grandement insuffisants. Plusieurs jours de suite, une ou un seul surveillant était disponible pour " encadrer " les élèves, et ce n'est pas un hasard si c'est justement dans ces moments-là qu'ont eu lieu les incidents les plus graves.

Considérant que la sécurité des élèves et des personnels n'était plus assurée dans l'établissement, nous avons voté la grève pour le lundi 9 octobre à l'unanimité des présents, et nous sommes retrouvés en assemblée générale avec plusieurs parents d'élèves. De l'avis général, il fallait obtenir des moyens d'encadrement supplémentaires et des travaux permettant de rétablir un déroulement normal des journées de cours. Ayant appris incidemment dans le cours de la matinée qu'un représentant du Conseil général se trouvait dans le bureau de la principale du collège, nous y avons fait irruption, et obtenu une réunion dans l'après-midi même avec l'inspecteur d'académie et le responsable du Conseil général au niveau des collèges.

Lors de cette réunion où tout le personnel était présent, l'inspecteur d'académie annonçait la création de deux postes de surveillance à temps plein, ainsi qu'un demi-poste de conseiller principal d'éducation. Deux demi-journées sont banalisées pour nous donner le temps d'organiser la reprise des élèves dans de bonnes conditions, ce qui suppose pour nous des engagements du Conseil général à effectuer les travaux qui s'imposent. Il a été décidé de n'accueillir les élèves le jeudi matin que si nous étions sûrs de pouvoir le faire dans la sécurité : pour l'instant, la grève n'est donc que suspendue.

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