Les attentions de la justice vis-a-vis du président du conseil général de l'Oise29/09/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/09/une-1681.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Les attentions de la justice vis-a-vis du président du conseil général de l'Oise

Un procès intenté contre Jean-François Mancel, président ex-RPR du Conseil général de l'Oise, vient de se tenir à Beauvais. Celui-ci était poursuivi pour prise illégale d'intérêt dans une affaire de marché avec une entreprise, et dans le montage financier il se trouvait une société où Mancel, par hasard bien sûr, est lui-même actionnaire. Les marchés en question portent sur plusieurs dizaines de millions de francs. La société qui a bénéficié de ces marchés avait profité de ce que l'enquête avait qualifié de " favoritisme ".

Mais pour la deuxième fois Mancel, qui fut sous Juppé secrétaire général du RPR puis exclu pour l'alliance avec le Front National qu'il préconisait, a vu un " miracle " s'accomplir... par l'intermédiaire du procureur et de ses représentants. Déjà les poursuites engagées contre Mancel dans ce dossier, qui font suite à un des chapitres du rapport de la Cour régionale des comptes de Picardie sur la gestion du Conseil général de l'Oise, ont été ramenées au minimum des infractions constatées. En effet Mancel aurait dû passer en jugement également pour favoritisme, il y risquait une peine plus lourde, ce qui a été retiré des poursuites.

Mais ce sont surtout les réquisitions faites au cours du procès par le représentant du procureur qui sont un morceau d'anthologie. Celui-ci a bien demandé une peine, mais de principe, de six mois à un an d'emprisonnement avec sursis. Et surtout il a bien tenu à préciser qu'il ne demandait pas de peine d'inéligibilité comme cela se fait en règle générale dans toutes ces affaires car, a-t-il doctement déclaré, ce n'est pas à la justice mais aux électeurs de mettre fin à un mandat ; fût-ce à celui d'un délinquant de première classe, aurait-il dû ajouter...

C'est beau, c'est généreux... vis-à-vis de quelqu'un qui est encore poursuivi par ailleurs pour avoir utilisé les finances du Conseil pour trafiquer en grand avec des escrocs financiers ; la Cour régionale des comptes l'a qualifié de gérant de fait pour ce trafic, et si la Cour des comptes confirme ce jugement, Mancel devrait automatiquement être démis de ses mandats. Sans parler des constats de favoritisme vis-à-vis des entreprises de BTP dans la construction des collèges dans des marchés portant sur plusieurs milliards de francs, toujours constaté par la même Cour régionale des comptes ; mais là la justice n'a même pas voulu ouvrir une enquête comme elle était censée le faire.

Le participant à une simple bagarre ou le tout petit délinquant, eux, ne se verront pas laisser le choix, et pour une broutille ils se verront privés de leurs droits civiques pour cinq ans.

La mansuétude du parquet de Beauvais, qui est quand même placé sous la responsabilité du ministre de la Justice du gouvernement Jospin, surtout dans une affaire comme celle-là qu'on qualifie de sensible, est bien surprenante. D'autant que cela fait suite à l'attitude scandaleuse du même parquet dans une affaire précédente. Après enquête, la preuve avait été établie que Mancel avait utilisé pendant des années la caisse du Conseil régional pour faire payer toutes ses courses personnelles dans les magasins de la région, y compris les yaourts, les layettes et l'alcool. Le même parquet avait alors refusé d'envoyer Mancel devant le tribunal pour ce que tout le monde aurait qualifié ailleurs de vol et de détournement de fonds. Il s'est contenté alors de lui demander, pour classer définitivement l'affaire, de faire un petit chèque de quelques centaines de milliers de francs pour couvrir très partiellement cet " écart ".

L'air de l'Oise et de Beauvais est finalement très sain pour de tels justiciables.

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