Ne pas accepter la dégradation de nos conditions de travail02/06/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/06/une-1664.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Editorial

Ne pas accepter la dégradation de nos conditions de travail

Le mouvement des agents de conduite de la SNCF, démarré la dernière semaine de mai contre les roulements d'été, qui a paralysé une partie du trafic et qui s'est prolongé sur le réseau banlieue de Paris et sur certaines grandes lignes, a bien des aspects. Mais, sur le fond, l'essentiel se ramène à la dégradation des conditions de travail due à l'insuffisance des effectifs, aggravée par l'application de la loi Aubry, dite des 35 heures.

A peine engagé, le mouvement a eu droit aux discours hypocrites, prenant prétexte de la gêne apportée aux usagers pour s'en prendre au mouvement. Comme si les gouvernements se préoccupaient des usagers en diminuant depuis des années les effectifs à la SNCF, dans une période pourtant marquée par le chômage : ce qui s'ajoute aux suppressions de lignes dites non rentables, à la fermeture de gares de banlieue, à la vétusté de certains matériels, pour accélérer la dégradation du service public.

Les gouvernements ont pour politique de freiner les dépenses consacrées aux transports collectifs, comme à tous les services publics, des hôpitaux à l'Education nationale, pour pouvoir assurer toujours plus de subventions, d'aides, de dégrèvements fiscaux multiples aux entreprises privées.

Les cheminots ont raison de refuser les jongleries de la direction de la SNCF pour pallier le manque d'effectif en augmentant la charge de travail. Ils ont raison de refuser la dégradation de leurs conditions de travail. Ils ont raison de refuser l'application de cette loi Aubry qui a ouvert à l'Etat-patron comme à l'ensemble du patronat la possibilité d'imposer une flexibilité encore plus grande du travail.

Les problèmes auxquels se heurtent les cheminots se retrouvent non seulement dans bien d'autres services publics mais plus encore dans le secteur privé.

Toutes les grandes entreprises ont profité des années de chômage et du rapport de force défavorable pour aggraver les conditions d'existence des travailleurs, aussi bien pour ce qui est des salaires qu'en ce qui concerne les conditions de travail. C'est toute la classe ouvrière, et pas seulement les victimes directes, les chômeurs eux-mêmes et leurs familles, qui a payé et qui paie encore les années de chômage massif.

Car lorsque Alstom, Michelin, Unilever, Total-Elf, annoncent des suppressions d'emplois, lorsque d'autres grandes entreprises réduisent plus discrètement leurs effectifs en ne remplaçant pas tous ceux qui partent à la retraite, cela ne fait pas seulement des emplois en moins, cela aggrave aussi la charge de travail pour les autres. Les profits faramineux des grandes entreprises reposent sur l'intensité accrue du travail, sur les cadences insupportables des chaînes de production et sur les bas salaires, c'est-à-dire sur la surexploitation des travailleurs.

Alors, même si le nombre de chômeurs est en baisse, nous n'en avons pas fini avec le chômage et ses conséquences, directes et indirectes. D'abord parce que, même si les chiffres officiels sont vrais, il y a trop de chômeurs. Et puis, si le chômage recule, c'est au profit de la précarité, car les emplois nouvellement créés sont pour une large part des emplois précaires, alors que ceux qu'on supprime sont des emplois stables.

Le grand patronat, aidé par les gouvernements, a fait reculer nos conditions d'existence des années en arrière.

Il voudrait continuer son offensive en proposant, comme le fait le Medef, de contraindre les chômeurs à prendre n'importe quel travail qu'on leur présente ou, encore, de faire sauter les quelques limitations légales à la précarité.

Alors même si le chômage se mettait à baisser pour de bon, les travailleurs auraient bien du retard à rattraper, aussi bien pour ce qui est des salaires que pour ce qui est des conditions de travail. Ceux qui s'engagent dans des luttes sur ce terrain ont mille fois raison. C'est en s'amplifiant et en confluant dans une contre-offensive générale de tous les travailleurs que les luttes auront la puissance nécessaire pour faire vraiment reculer le patronat et le gouvernement.

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