Le profit ou la vie ?19/05/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/05/une-1662.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Editorial

Le profit ou la vie ?

La grève des convoyeurs de fonds continue à faire la Une des journaux. Face à l'intransigeance des employeurs et des donneurs d'ordre, la détermination des grévistes ne faiblit pas. Mais ce qui émeut le plus les commentateurs, ce n'est pas le sort de ceux qui acheminent les fonds des banques et des grandes surfaces, qui sont souvent victimes de malfrats disposant d'un armement quasi militaire et qui exposent ainsi leur vie pour environ 6 500 F par mois. Ce qui gêne les journalistes des grands médias, c'est que le mouvement des convoyeurs commence sérieusement à paralyser le commerce.

Aucune augmentation de salaire, aucune prime de risque, ne diminuera certes le danger que courent quotidiennement les convoyeurs de fonds. Mais ce qui est significatif, c'est le faible prix auquel leurs employeurs, et les donneurs d'ordre de ceux-ci, estiment la vie des salariés qui manipulent leurs fortunes.

Car le problème n'est pas seulement celui des entreprises de transport de fonds. Celles-ci affirment, à tort ou à raison, ne pas pouvoir satisfaire les revendications salariales de leur personnel, parce que les donneurs d'ordre, c'est-à-dire les banques, les grandes surfaces, tirent les prix vers le bas. Ces dernières se déclarent non concernées par les problèmes des convoyeurs, puisque ce ne sont pas elles qui les emploient. C'est la situation que connaissent tous les salariés des entreprises sous-traitantes, qui voient leurs employeurs légaux d'une part, et ceux pour qui ils travaillent réellement d'autre part se renvoyer la balle.

D'autant que si aucune solution technique ne peut mettre tout à fait les convoyeurs de fonds à l'abri des agressions, il y aurait, dans les banques, comme dans les grandes surfaces, bien des aménagements possibles pour rendre ces agressions bien moins faciles ou rentables. Mais cela nécessiterait quelques dépenses, alors que la mort d'un convoyeur ne coûte pas grand-chose.

Cette situation, il n'est pas besoin d'être convoyeur de fonds pour la vivre. D'innombrables salariés sont exposés chaque jour à des risques, parfois mortels, parce que leurs employeurs estiment qu'assurer leur sécurité diminuerait un peu trop leurs profits.

Combien de poids lourds sont, sur le réseau routier, de véritables bombes roulantes pour leurs chauffeurs (et pour les autres usagers) parce que leurs employeurs (et là aussi les donneurs d'ordre) leur imposent des horaires déments ?

Combien de travailleurs ont été exposés sans la moindre précaution aux poussières d'amiante par leurs patrons, alors que ceux-ci savaient parfaitement qu'il s'agit d'un produit hautement cancérigène ?

Combien de travailleurs sont plus simplement astreints à des cadences de travail, à des horaires, qui leur ruinent la santé ?

Ce n'est pas par hasard que toutes les statistiques montrent que l'espérance de vie d'un ouvrier est bien inférieure à celle d'un bourgeois.

C'est la logique d'un système économique dont le moteur est le profit maximum pour les capitalistes, un système qui a fabriqué depuis quinze ans des millions de chômeurs.

Ce n'est pas seulement parce qu'il y a des difficultés à retirer quelques billets des distributeurs que nous devons nous sentir concernés par la grève des transporteurs de fonds. C'est surtout parce que leur situation, apparemment particulière, est au fond celle de tous les salariés.

C'est pourquoi aussi, quelles que soient les revendications particulières que les uns ou les autres peuvent chercher à imposer à juste titre lorsque la colère éclate, il n'y aura pas de changement conséquent du sort du monde du travail sans une lutte d'ensemble de tous les exploités, pour imposer que l'économie soit au service de tous les hommes, et non d'une petite minorité de parasites inutiles.

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