Israël : La colère des palestiniens19/05/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/05/une-1662.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans le monde

Israël : La colère des palestiniens

Cinq Palestiniens tués et 400 blessés en deux jours de combats de rue, tel est le bilan, peut-être provisoire encore, des affrontements qui ont eu lieu en Cisjordanie et à Gaza.

Barak, le Premier ministre israélien, s'est exclamé que le processus de paix se trouvait à un " moment critique ". C'est le moins que l'on puisse dire. Mais peut-on encore et toujours invoquer le processus de paix pour désigner cette politique d'immobilisme volontaire quant à la reconnaissance des droits nationaux pour lesquels les Palestiniens luttent depuis des décennies, depuis qu'ils ont été chassés de leurs villages et de leurs terres en 1948.

En cette journée du 15 mai, dite de la Naqba (la catastrophe), les manifestants palestiniens commémoraient, comme ils le font tous les ans, la dépossession de leurs terres et de leur territoire, consécutive à la création de l'Etat d'Israël. En 1998 des manifestations avaient déjà fait cinq morts. Deux ans plus tôt, l'ouverture d'un tunnel passant en bordure du mont du Temple, à Jérusalem, avait provoqué cinq jours d'affrontements entre la population palestinienne et les soldats israéliens. Une centaine de personnes y avaient perdu la vie. Ce ne sont là que deux des événements marquants de la colère palestinienne. En fait, c'est de façon quasi permanente que des affrontements ont lieu, que des soldats israéliens tirent sur les jeunes ayant eu l'audace de leur lancer des pierres.

C'est dire si le ressentiment des Palestiniens, des jeunes en particulier, est profond. Et comment en serait-il autrement quand durant le dernier demi-siècle les Palestiniens ont tour à tour été spoliés de leurs biens, ont vu leurs demeures dynamitées par milliers, se sont retrouvés parqués dans des camps de toile, éparpillés dans tout le Proche-Orient. Comment dans de telles conditions la population pouvait-elle ne pas se révolter, pour affirmer sa dignité et ses droits les plus élémentaires.

Oh, certes, il y a bien eu ce que certains appellent le processus de paix qui, à doses homéopathiques, distille depuis des années des petites parcelles d'autonomie aux Palestiniens. Mais même pour contraindre Israël à concéder ce peu, il aura fallu la " Guerre des pierres ", la révolte de tout un peuple.

Puis, un marchandage s'est ensuite instauré entre dirigeants israéliens et palestiniens, à la défaveur de ces derniers. L'Autorité palestinienne présidée par Arafat a dû montrer non seulement sa bonne volonté à contenir la colère des Palestiniens en échange de quelques minimes concessions territoriales, mais aussi collaborer directement avec les services secrets israéliens. Dernier haut fait en date de cette collaboration, l'arrestation à Gaza, il y a un peu plus d'une semaine, du principal chef de l'aile militaire du Hamas. A la suite de l'assassinat par Israël de son prédécesseur, l'homme avait organisé la vague d'attentats suicides du printemps 1996 qui avait coûté la vie à soixante personnes. Cette arrestation a été le résultat, dixit Barak, de l'excellente coopération entre les services de sécurité israéliens et palestiniens.

Mais à l'égard de la population palestinienne, aucune coopération n'est envisagée. Pour elle, ce sont au mieux les villages autonomes surveillés par l'armée d'Israël, de grandes difficultés - quand ce n'est pas l'impossibilité - pour se déplacer d'un Territoire à l'autre, voire d'une ville à l'autre, des biens essentiels comme l'eau et l'électricité trop souvent rationnés par les Israéliens. Et puis surtout, il y a l'extension de la colonisation juive qui se poursuit, rendant inévitables les affrontements entre les deux communautés.

A la veille des récentes manifestations, le gouvernement israélien, sentant la colère monter dans les Territoires, avait lâché un peu de lest en retirant son armée de trois localités limitrophes de Jérusalem. Mais pour ce faire, Barak a dû s'excuser devant son Parlement en expliquant qu'il ne faisait " que changer le statut de 0,25 % de la Cisjordanie. "

Les gouvernants israéliens ne sont donc pas à la veille de la reconnaissance des droits nationaux pour les Palestiniens. A moins que les Palestiniens, par leur mobilisation, n'obligent le gouvernement israélien à leur accorder ce qu'il s'obstine à leur refuser.

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