Un rapport pour baisser les impôts des riches28/04/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/04/une-1659.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Un rapport pour baisser les impôts des riches

" Les riches sont trop taxés en France, c'est pour cela qu'ils partent à l'étranger ". Ce refrain martelé en choeur par les défenseurs, non pas de la veuve et de l'orphelin, mais des pauvres milliardaires et des rentiers fera-t-il pleurer dans les chaumières ? Rassurez-vous, il ne s'agissait en général que de vrais faux-départs. Mais c'est l'occasion de réclamer une baisse d'impôt pour les plus fortunés. Laurent Fabius, à peine dans ses nouveaux habits de ministre des Finances, va prêter main-forte à ces victimes du fisc en adressant aux députés un rapport sur les délocalisations fiscales et les départs de Français à l'étranger. Avant même qu'il soit rendu public, la teneur en est connue. Il s'agit de justifier de nouveaux cadeaux aux riches.

" Rien ne sert de méconnaître la réalité : ce phénomène (d'évasion fiscale) existe bel et bien " explique-t-on au ministère des Finances. Mais face à ces émigrés, plus ou moins clandestins, il n'est pas question de sévir, mais de les bichonner encore davantage pour les convaincre de rester ici : " Si on devait arriver à des niveaux (d'imposition) dissuasifs sur les stock-options, ce serait une faute ", explique sans rire un proche de Fabius. Les stock-options, ces actions distribuées à des taux préférentiels par les dirigeants des entreprises, à eux-mêmes et aux cadres supérieurs qui les entourent, occasionnent des plus-values sans risques et d'un montant souvent fantastique. Mais les revenus de ces stock-options ne sont taxés par le fisc qu'à 40 %, pas même le taux des tranches supérieures de l'impôt qui est de 54 %.

Les riches trop matraqués par le fisc ? C'est une plaisanterie ! La réalité c'est que la taxation des revenus des classes riches n'a pas cessé de diminuer ces vingt-cinq dernières années, alors même que leurs revenus et leurs profits ont explosé. L'imposition de la tranche supérieure de l'impôt est passée de 70 % en 1966 à 54 % aujourd'hui et l'impôt sur les bénéfices des sociétés est passé, lui, de 50 % en 1985 à 39 % actuellement.

Bien des riches échappent à l'impôt en tout ou en partie. Et quand ils trouvent que la note est trop lourde, ils usent de combines, voire ils font chanter le fisc. Et cela paye. Quand ça leur chante, ils s'offrent des paradis, sinon artificiels au moins fiscaux, et cela marche. Ils n'ont guère besoin de se faire domicilier ailleurs, il leur suffit d'utiliser les ressources et les artifices d'une fiscalité faite pour les privilégiés. Si évasion il y a, les complices sont dans la maison, ou plutôt dans les ministères.

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