Enseignement : Lang dans les habits d'Allègre... Cette autre politique, on l'attend toujours.21/04/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/04/une-1658.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

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Enseignement : Lang dans les habits d'Allègre... Cette autre politique, on l'attend toujours.

Le nouveau ministre de l'Education nationale, Jack Lang, et son ministre délégué à l'Enseignement professionnel, Jean-Luc Mélenchon, ne cessent de répéter que les enseignants des lycées professionnels ont obtenu satisfaction. C'est un gros mensonge que la presse, la radio et la télé, en toute " indépendance ", ont largement répercuté. A la rentrée, en Région parisienne, les enseignants ont pu se rendre compte à la lecture du décret établi par le tandem Lang-Mélenchon que " l'esprit " d'Allègre était toujours là. Et les profs n'étaient pas du tout contents, d'autant que l'opération s'était faite " en douce ".

Lang et Mélenchon n'étaient cependant pas si sûrs d'eux puisqu'ils ont préféré attendre le jeudi 13 avril, qui tombait pendant les vacances scolaires de la Région parisienne, pour réunir les syndicats dans le cadre d'un " comité technique paritaire ministériel ", où il fut demandé leur avis aux syndicats, pour la forme. Des enseignants, qui s'étaient rassemblés à cette occasion devant le ministère, ont d'ailleurs vu Mélenchon y rentrer presque en courant, pour les éviter, preuve qu'il ne souhaite pas trop " dialoguer " avec des enseignants. C'est lors de cette réunion que Lang a proposé " son " décret concernant les professeurs de l'enseignement professionnel, décret qui ne se distingue de celui qui avait déclenché la colère des enseignants que par la signature des nouveaux ministres. Car rien n'a changé par rapport à ce qu'Allègre voulait imposer aux enseignants des lycées professionnels. Les 18 heures pour les professeurs d'atelier qui faisaient jusque-là 23 heures, il en était déjà question du temps d'Allègre. La situation reste identique car cette mesure ne pourra quasiment pas s'appliquer dans la réalité, puisque Lang, tout comme Allègre, se refuse à créer les 5 000 postes nécessaires pour mettre en oeuvre une telle mesure. Comme il est en même temps question d'augmenter le nombre d'élèves dans ces cours, les conditions d'enseignement vont se dégrader encore, et pour les enseignants, et pour les élèves. Quant à la flexibilité, l'annualisation, il en est toujours question dans le texte de Lang. Mais avec d'autres mots. Mélenchon lui-même insiste. Dans sa présentation du décret, il a souligné : " Vous aurez noté dans le nouveau texte de décret que, si la flexibilité liée à l'annualisation a été éliminée, les conditions particulières de mise en oeuvre des projets pluridisciplinaires à caractère professionnel permettent d'ouvrir la possibilité d'une modulation ".

Le syndicat majoritaire dans l'enseignement professionnel, le SNETAA, qui était déjà d'accord avec Allègre, s'est engouffré dans la brèche pour voter en faveur de ce faux nouveau décret. Quant à la CGT, qui est après le SNETAA le syndicat le plus important dans l'enseignement professionnel, elle n'a pas pris part au vote. La CGT, au tout début du mouvement, avait pris des initiatives qui avaient favorisé le démarrage du mouvement. Aujourd'hui, elle propose de... " consulter la base ". Mais pourquoi consulter " la base " sur des mesures que les enseignants ont rejetées dans de nombreuses manifestations, avant l'arrivée de Lang ? N'est-ce pas une façon de laisser croire qu'il y aurait du nouveau ?

Des directions syndicales sont prêtes à se satisfaire simplement du changement... de ministres. Mais les problèmes, eux, restent entiers : pas de créations de postes, seuls 300 postes devraient être créés (60 millions de francs). A la place, beaucoup d'heures supplémentaires, qui représentent 200 millions de francs, ce qui évite de créer des vrais emplois. Rien ne change concernant la précarité : il restera entre 30 et 50 % d'enseignants en statut précaire de maîtres-auxiliaires, contractuels ou pire encore vacataires. Nos deux ministres n'envisagent pas plus de renoncer aux diminutions des horaires d'enseignement des élèves, mesures qui ont tout autant contribué à mettre les enseignants en grève car elles ne peuvent qu'aggraver plus encore l'inégalité d'accès à l'éducation.

Les nouveaux ministres poursuivent le même objectif : faire des économies par tous les moyens. Les problèmes ne touchent pas que les lycées professionnels, ils touchent aussi les lycées d'enseignement général, l'enseignement primaire, les collèges dont certains ont dû se remettre en grève dès la rentrée pour empêcher la diminution des heures d'enseignement dans leur établissement.

Pour faire des économies, tous les prétextes sont bons. Il faudrait, au contraire, créer près de 100 000 postes d'enseignants, ce qui représenterait une trentaine de milliards de francs, et ce, simplement pour faire face aux besoins les plus urgents. Il faudrait titulariser des dizaines de milliers de précaires, sans compter tous les autres postes indispensables au fonctionnement des établissements scolaires, personnels de service, infirmières, secrétaires, etc.

La politique de Lang étant la même que celle d'Allègre, elle entraîne le même mécontentement. Des enseignants discutent de la nécessité de répondre à Lang de la même façon qu'ils ont répondu à Allègre, par la grève et les manifestations. Une manifestation était prévue à Paris le jeudi 20 avril, quatre jours après la rentrée scolaire dans la région.

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