Affaire " Erika " : Gouvernement et Totalfina totalement complices07/04/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/04/une-1656.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Affaire " Erika " : Gouvernement et Totalfina totalement complices

La publication de l'accord établi entre l'Etat et TotalFina à propos de la marée noire a montré une nouvelle fois la duplicité des autorités dans cette affaire.

Ce document, signé un mois après la marée noire, indique d'abord très clairement que l'Etat n'avait en aucune façon l'intention de demander à TotalFina d'assumer réellement et pleinement ses responsabilités et de prendre en charge les dégâts provoqués par le naufrage de son navire. Cet accord précise que " l'engagement souscrit par Total constitue une obligation de moyens et non pas une obligation de résultats. L'Etat ne recherchera pas la responsabilité de Total en cas d'échec de l'opération... ". Il n'est donc pas question d'exiger du trust multimilliardaire qu'il mette tout en oeuvre pour dépolluer totalement : l'important est qu'il paie (un peu) pour calmer l'opinion publique.

Dans un autre paragraphe, on lit aussi que " les deux parties s'attachent à limiter la diffusion et à protéger les informations et les documents confidentiels provenant ou concernant l'autre partie dont ils ont eu connaissance dans le cadre de l'exécution du présent protocole ". Cela n'a rien d'étonnant. Depuis le début de cette affaire, l'opacité et le mensonge règnent en maîtres. Opacité à propos des propriétaires de l'Erika, que TotalFina prétend ne pas connaître et qui se cachent derrière un montage complexe de sociétés-écrans. Mensonge au sujet de la toxicité du mazout, apparemment connue des autorités et qui a été délibérément tenue secrète pendant des mois, alors que des centaines de personnes participant à la dépollution des plages risquaient d'en subir les effets.

Les réponses de la compagnie pétrolière et de l'Etat à tous ceux qui ont mis en cause cette évidente absence de transparence ne manquent pas de piquant. La main sur le coeur, ils ont expliqué que leurs cachotteries ne concernent que " les secrets industriels des travaux de traitement de l'épave " . En somme, il ne s'agit que de protéger les découvertes de TotalFina qui, à force de polluer, voudrait se réserver le monopole de la dépollution et des techniques de dépollution. Plus sérieusement, les services de Jospin ont tenu à ajouter que cet article de confidentialité se retrouve dans " la quasi-totalité des conventions qui sont passées entre l'Etat et des entreprises industrielles privées ".

Dans cette société, le secret est en effet érigé en institution. " Secret défense " pour cacher les agissements douteux de certains politiciens, " secret bancaire " pour permettre aux possédants de dissimuler leur richesse et ses sources. " Secret commercial " et " secret industriel " pour empêcher tout contrôle réel sur les pratiques des capitalistes.

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