SNCF - Élections professionnelles : Une nouvelle fois " non aux 35 heures sauce Aubry "31/03/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/03/une-1655.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

SNCF - Élections professionnelles : Une nouvelle fois " non aux 35 heures sauce Aubry "

Le 23 mars, les élections des délégués du personnel et des délégués aux comités d'entreprise à la SNCF se sont soldées par un recul net de la CGT et de la CFDT, les deux syndicats signataires de l'accord national des 35 heures.

Au niveau national et alors que le taux de participation a progressé, atteignant 80 % pour l'élection des délégués du personnel, tous collèges confondus, la CGT reste encore le premier syndicat de la SNCF mais perd 6,5 % des voix, passant de 48,5 % à 42 %. De son côté, la CFDT passe de 19,9 % à 19 %. La baisse a surtout eu lieu parmi les cheminots ouvriers, employés, conducteurs (ceux de l'Exécution), où la CGT perd 8 %, et plus particulièrement chez les agents de conduite, où elle perd 12,5 %.

En revanche, les syndicats apparus comme opposants aux 35 heures progressent. Sud-Rail passe de 6,5 à 10,6 % et progresse de 4,5 % chez les agents de conduite et de 5,6 % parmi le reste des cheminots de l'Exécution. Chez les agents de conduite, la FGAAC, syndicat corporatiste, progresse quant à elle de 7,5 %, passant de 29,3 % 36,8 %.

La CGT et la CFDT payent ainsi leur attitude de collaboration avec la direction sur les 35 heures.

A la SNCF comme ailleurs, la prétendue réduction du temps de travail se fait sans augmentation des effectifs, mais avec une amplitude journalière plus importante et une flexibilité aggravée dans bien des secteurs. De tables rondes en tables rondes, toute l'année passée, la SNCF s'est appuyée sur la CGT et la CFDT pour faire avaler son projet. Au printemps dernier, alors que ces syndicats étaient sur le point de signer, la FGAAC appelait les agents de conduite à faire grève, rejointe par Sud-Rail, tous deux laissés à l'écart des négociations avec la direction. La grève était suivie non seulement chez les conducteurs mais aussi dans bon nombre de chantiers ou d'ateliers. Mais les fédérations CGT et CFDT de cheminots s'opposèrent à la grève, mettant dans bien des endroits leurs militants en porte-à-faux avec leurs camarades de travail.

En juin, un référendum bidon servait de prétexte à la CGT et à la CFDT pour signer l'accord national des 35 heures. Et depuis, la propagande des deux fédérations ressemble comme deux gouttes d'eau à celle de la direction pour expliquer que la situation s'améliore, que la SNCF embauche, etc., au mépris de ce que vivent et constatent les cheminots au quotidien. Il n'est donc pas surprenant que, dans les secteurs où l'application des 35 heures est la plus contestée, la CGT soit le plus sévèrement sanctionnée. Par exemple, aux ateliers d'entretien des rames de Clichy, où les 35 heures se sont traduites par la mise en place du travail du samedi, la CGT passe de 53 à 30 %, au bénéfice de Sud-Rail qui passe de 43 à 65 %.

Mais même là où les équipes locales CGT avaient choisi de ne pas signer l'accord d'établissement sur les 35 heures et avaient participé à la grève, la chute est significative. C'est par exemple le cas à Paris-Nord où, chez les agents de conduite, la CGT perd 20 % ; à Paris- Saint-Lazare, où, la CGT perd la moitié de ses voix et passe à 15 %.

Dans bien des cas, les électeurs CGT ont voulu, au-delà de l'attitude locale des militants, sanctionner l'orientation de la CGT, ce syndicalisme de " proposition " qui n'est autre qu'un syndicalisme de collaboration.

Didier Le Reste, secrétaire de la fédération CGT des cheminots, interrogé par L'Humanité du 27 mars, ne cache pas le recul : " C'est un choc pour l'ensemble des militants de notre fédération ". Mais pour autant, il ne remet pas en question la politique menée par sa fédération. Il retient seulement : " Notre démarche est insuffisamment comprise " car, dit-il, " nous sommes entrés tard en campagne et vraisemblablement, les effets de la mise en oeuvre de la réduction du temps de travail ne sont pas pleinement ressentis, lisibles dans l'ensemble des établissements. "

Il faut croire au contraire que les cheminots ont parfaitement compris et que les effets néfastes de l'application des 35 heures, à la sauce Aubry, ont eu le temps d'être non seulement lus mais vécus et rejetés par les cheminots...

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