Changer quelques ministres, pour ne pas changer de politique31/03/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/03/une-1655.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Editorial

Changer quelques ministres, pour ne pas changer de politique

Pour tenter d'arrêter les mouvements de grève, Jospin a jeté par-dessus bord quelques ministres, dont Allègre quelque peu vomi. Mais les ministres ne sont que des fusibles destinés à protéger l'installation, et on peut les remplacer sans rien changer d'autre.

Pour éviter d'être attaqué dans son propre camp, et au lieu d'augmenter le nombre d'enseignants et les crédits destinés aux établissements scolaires ou hospitaliers, Jospin a décidé d'augmenter de 100 % le nombre de ministres Verts, qui passe de 1 à 2, et de 33 % le nombre de ministres communistes, qui passe de 3 à 4. Jospin leur donne des gages pour qu'ils soutiennent un peu plus sa politique et que le pied que le PC prétend avoir dans les luttes sociales se rapproche encore de celui qu'il a dans le gouvernement.

Pour satisfaire les enseignants, il fait venir Jack Lang. Comme figurant, il ne sera pas mal. Mais, pour résoudre les problèmes de l'Education nationale, il ne suffit pas de savoir organiser la Fête de la musique. Quant à Fabius, on l'a connu à bien des postes, y compris déjà comme ministre du Budget.

Est-ce qu'un ministre communiste et un Vert de plus vont changer la politique économique et sociale du gouvernement ? Est-ce que cela va faire cesser les économies sur les services publics indispensables à la population, faites pour distribuer l'argent au grand patronat ? Le gouvernement ferme des services hospitaliers ou des hôpitaux entiers, gèle la création nécessaire de postes d'enseignants, ferme des écoles ou des bureaux de poste dans les petites villes, supprime des lignes de chemin de fer ; ce qui diminue l'efficacité des services publics et aggrave le chômage, tout cela pour transférer plus d'argent aux financiers et aux industriels. C'est une politique révoltante et ce n'est pas parce que ceux qui nous gouvernent parlent à ce propos de " réforme " ou de " modernisation " que cela la rend meilleure.

Est-ce que cela va supprimer les menaces sur les retraites des agents des services publics d'abord, et de tous ceux du privé ensuite ? Certainement pas !

En fait, si les caisses de Sécurité sociale, si les caisses de retraite se vident, c'est parce qu'il y a des millions de chômeurs et des millions de travailleurs qui travaillent à temps partiel, contraints et obligés, ou qui ont des salaires en bas de l'échelle. C'est que le chômage permet de faire pression sur les travailleurs, sur les conditions de travail et sur les salaires. Ces cotisations en moins préparent, pour l'avenir, des retraités devant vivre en dessous du seuil de pauvreté.

Tout cela parce que de grandes entreprises, pour maintenir leurs profits, pour accroître leur capitalisation boursière, n'hésitent pas à ajouter les vagues de licenciements les unes aux autres, en rejetant sur la collectivité la charge de loger, de nourrir, de soigner et d'assurer les vieux jours de ceux qu'elles ont rejetés hors du circuit du travail.

Alors, un ministre communiste de plus et un Vert de plus ne pourront tout au plus que changer la couleur du gouvernement, le rouge et le vert donnant une couleur bizarre. Mais est-ce que cela changera sa politique ? Sûrement pas !

La misère pour les uns, les profits pour les autres, voilà cette société. C'est pourquoi nous ne devons pas nous laisser tromper par ces mascarades ministérielles. Et les travailleurs en lutte ne doivent pas s'arrêter pour autant.

Bien sûr les nouveaux ministres vont négocier, engager des pourparlers, tenter de calmer la colère, faire durer ! Mais donneront-ils quoi que ce soit de conséquent ? C'est cela le problème ! En tout cas, on peut répondre d'avance qu'ils ne changeront pas fondamentalement les choses et que la situation actuelle continuera à s'aggraver, même s'il y a un temps d'arrêt.

Alors, non seulement il faut continuer à lutter mais il faut aussi unifier toutes les luttes partielles qui ont lieu et auront lieu dans l'avenir proche en une lutte d'ensemble de tous les travailleurs, du privé comme du public, pour changer le rapport de forces entre les salariés et le patronat dont le gouvernement défend en priorité les intérêts.

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