Srebrenica : Face au tribunal de la Haye, un massacreur en second24/03/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/03/une-1654.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans le monde

Srebrenica : Face au tribunal de la Haye, un massacreur en second

On reparle - un peu - des massacres qui furent commis à Srebrenica, en Bosnie, en juillet 1995. Au moins 7 000 personnes, estime-t-on, furent alors assassinées par les forces armées serbes. La ville fut totalement vidée du reste de sa population musulmane, chassée sur les chemins.

Srebrenica faisait partie des villes placées en principe sous la protection de l'ONU depuis 1993. En 1995, la force de l'ONU était commandée par le général français Janvier. Les menaces serbes sur cette ville étaient flagrantes et connues, mais le général Janvier et l'ONU abandonnèrent délibérément l'enclave aux forces armées serbes. La déportation et les massacres eurent lieu au vu et au su des casques bleus présents sur place.

Cette infamie - parmi bien d'autres - avait des motifs politiques. Elle entrait dans le cadre de la préparation du terrain, des marchandages et des repartages territoriaux, en vue du règlement du conflit bosniaque qui allait être entériné à Dayton, en novembre suivant, avec Milosevic dans le rôle de l'interlocuteur privilégié.

Comme quoi les préoccupations humanitaires sont foncièrement étrangères aux calculs et stratégies des dirigeants impérialistes. Elles ne leur viennent à l'esprit que quand, et uniquement quand, cela les arrange de s'en servir.

On reparle de Srebrenica parce qu'un haut gradé, un général, comparaît devant le tribunal de La Haye à ce sujet. Pas le général Janvier, bien évidemment. Mais pas même le général Mladic, chef de l'armée des Serbes de Bosnie, non plus que son homologue politique Radovan Karadzic, bien qu'ils soient théoriquement inculpés et recherchés par ce tribunal, notamment pour leurs responsabilités dans l'horreur de Srebrenica.

Cela, la plupart des commentateurs l'ont souligné. Mais la responsabilité directe du régime de Belgrade lui-même, elle, bien peu la font remarquer. A l'époque où la prise de Srebrenica et donc son " épuration " ethnique étaient décidées conjointement à Belgrade et à Pale (le fief des Serbes de Bosnie), le médiateur de l'Union européenne, le suédois Carl Bilt, rencontrait courtoisement Milosevic à Belgrade pour parler négociations...

Le chef de l'armée de Serbie, Momcilo Perisic, fut étroitement associé à Mladic dans l'affaire. Ils supervisèrent ensemble les opérations de conquête de la ville, depuis le côté serbe de la frontière, où attendaient également les miliciens d'Arkan et autres nettoyeurs ethniques. Mais Perisic n'a été inculpé de rien du tout. Il faut dire que, passé aujourd'hui dans un rôle d'opposant à Milosevic, il est persona grata en Occident car il sera peut-être demain le nouvel homme fort de la Serbie...

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