Allègre et ses réformes : Massivement contestés24/03/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/03/une-1654.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Divers

Allègre et ses réformes : Massivement contestés

La mobilisation et la détermination des enseignants grandissent. Celles des enseignants des lycées professionnels, qui ont été au point de départ du mouvement, sont toujours aussi fortes, d'autant plus fortes que, depuis le jeudi 16 mars, le mouvement de grève reconductible s'étend aux lycées et aux collèges. Cette journée du 16 mars a marqué en effet une autre grande étape dans le mouvement : 200 000 manifestants dans toute la France, 50 000 à Paris, 800 000 grévistes dans toute la France également, c'est-à-dire 70 % sur l'ensemble du corps enseignant. Cela ne s'était pas vu depuis 1995 ! Et mardi 21 mars, les enseignants remettaient cela. Il y avait encore des dizaines de milliers de manifestants pour battre le pavé.

Les collèges et lycées s'y mettent

Les collèges et les lycées s'y sont mis parce qu'eux aussi sont touchés par les réformes d'Allègre, comme les enseignants des lycées professionnels. Le ministre de l'Education nationale veut, comme pour les LP, diminuer l'enseignement général, en temps - moins d'heures de mathématiques, de langues, de français - mais aussi en contenu : les programmes d'histoire-géographie seraient, par exemple, selon les mots du ministre, réduits à quelques "flashes". La réforme dans le secondaire qui commence à être appliquée cette année, avait déjà provoqué des grèves l'an passé. Les enseignants en voient concrètement aujourd'hui les effets néfastes.

Quant à la réforme de l'enseignement professionnel qui provoque la colère des enseignants depuis plusieurs semaines, elle aussi entraînerait une même diminution dramatique des horaires pour l'enseignement général et théorique. Allègre, toujours provocateur, a par exemple déclaré que le français, les élèves des lycées professionnels en font déjà finalement en mathématiques : donc on peut diminuer les heures en français !

Mais ce qui provoque aussi un mécontentement général est la crainte de voir les conditions de travail s'aggraver pour tout le monde. Moins d'heures pour les élèves, plus de travail pour les profs et pour tout le personnel de l'Education nationale, des précaires pas réembauchés, pas d'embauches supplémentaires, c'est ce que Allègre veut et ce que refusent les enseignants.

Si les lycées et collèges s'y mettent, ce sont toujours les lycées professionnels qui sont en pointe. Des enseignants en sont maintenant à leur troisième, quatrième semaine de grève parfois. Allègre a reçu les syndicats lundi 20 mars et doit les recevoir de nouveau jeudi 23 mars. Une délégation, formée de 57 représentants des enseignants en lutte, a été élue à l'issue d'assemblées départementales de grévistes, mais jusqu'à jeudi 23 mars du moins, Allègre a refusé de la recevoir.

Pour l'instant, Allègre ne lâche rien. Le Monde du mercredi 22 mars a beau écrire en gros titre : "Claude Allègre cède sur la réforme des lycée professionnels", les enseignants des lycées professionnels savent tout de même lire. Après la manifestation de mardi 21 mars, à une assemblée générale qui regroupait près de 900 personnes représentant 337 établissements de Paris et de province, il a été voté de reconduire la grève, de participer massivement à la nouvelle journée de manifestation du vendredi 24 mars et une nouvelle journée est prévue pour le mardi 28 mars. De plus, les enseignants sont déterminés à imposer la délégation des enseignants en lutte à toute discussion avec Allègre.

L'attitude syndicale

Depuis le début, le principal syndicat des lycées professionnels, le SNETAA, n'appelle à rien et est même contre la grève puisqu'il est... d'accord avec Allègre. L'autre syndicat influent dans les lycées professionnels, la CGT, a tenté de créer une intersyndicale, qui n'existe pas de fait : il y a le SGEN-CFDT, mais FO prend des initiatives à part, et SUD et la CNT, petits syndicats, ne sont pas toujours conviés. Par exemple, ils ne sont pas invités aux " rencontres " avec Allègre. Des journées de manifestations proposées par ces syndicats, en particulier la CGT, ont permis effectivement aux enseignants les plus combatifs d'entraîner les autres, de renforcer la grève en la reconduisant de temps fort en temps fort. Mais depuis le début cette " intersyndicale " veut aussi monopoliser la représentation du mouvement.

C'est finalement là aussi le noyau d'enseignants les plus combatifs qui se battent pour que des assemblées générales aient lieu sur la région parisienne comme dans bon nombre de villes. Une certaine méfiance vis-à-vis des syndicats existe en effet, d'ailleurs alimentée par les syndicats eux-mêmes. Un tract de la CGT nationale, par exemple, diffusé pendant la manifestation du 16 mars a suscité beaucoup de mécontentement parce qu'on n'y lisait plus la plate-forme de revendications des enseignants des lycées professionnels votée en assemblée générale le 6 mars !

Pour les collèges et les lycées, le principal syndicat, le SNES, a appelé à la grève reconductible à partir du 16 mars, chose qui ne s'était pas vue depuis longtemps, mais il faut dire que bien des lycées et collèges en France s'étaient mis en grève reconductible avant cette date. Il faut rappeler que ce 16 mars était annoncé depuis des semaines par le SNES. Cette journée n'aurait été qu'une journée syndicale comme bien d'autres, si les lycées professionnels n'avaient pas été en grève et s'ils n'avaient pas entraîné par leur détermination les autres secteurs de l'Education. Ce qui est sûr, c'est que la direction du SNES veut aussi garder au maximum le contrôle du mouvement dans son " secteur ".

La détermination ne faiblit pas, en particulier dans les lycées professionnels. Dans les discussions, les enseignants des lycées commentent les premières " discussions " d'Allègre comme des signes de faiblesse. Ce ministre qui fait descendre des dizaines de milliers d'enseignants dans la rue tous les deux jours a perdu sa belle arrogance. Par ailleurs, la nouvelle du retrait de la réforme par Sautter pour les impôts a regonflé tout le monde. Oui, un ministre peut retirer ses réformes. Comme le criaient les manifestants : Allègre, comme Sautter, ta réforme tu vas la remballer !

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