Marée noire : La désinformation et le cancer03/03/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/03/une-1651.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Marée noire : La désinformation et le cancer

Tous les responsables savaient, dès le début de la marée noire de l'Erika, que le fioul qu'il transportait était classifié " cancérigène ". Mais pas les premiers concernés, c'est-à-dire les nombreux bénévoles qui, sur les côtes, ont manipulé le fioul quelque fois à mains nues ou avec des équipements inappropriés, soit parce qu'ils ignoraient le danger potentiel du produit, soit par manque d'équipement adéquat.

TotalFina, le premier, savait puisque le document accompagnant le chargement de l'Erika précisait : " Peut causer le cancer ". Le préfet, responsable du plan Polmar, savait puisque ce document lui avait été communiqué par la cellule antipoisons chargée d'évaluer la toxicité du produit. La ministre de l'Environnement aussi était sans doute au courant - ou alors, à quoi sert la ministre de l'Environnement ? - qui a confirmé, le 21 février seulement, ces informations !

Mais ni Thierry Desmarets, le PDG de TotalFina, ni le préfet, ni Dominique Voynet, au cours de leurs nombreux contacts avec la presse, n'ont jugé bon d'évoquer les dangers du fioul qui se répandait sur les côtes. S'ils l'avaient fait, les bénévoles auraient sans doute mieux respecté les consignes... et peut-être été moins nombreux. Aujourd'hui, les pouvoirs publics se défendent en disant que ces consignes étaient suffisantes. Mais dire aux bénévoles qu'il fallait se protéger sans leur dire pourquoi, c'était évidemment prendre le risque que certaines de ces consignes soient ignorées : ainsi, des bénévoles se sont nettoyés à l'aide de solvants qui accélèrent la diffusion des hydrocarbures dans l'organisme ! Et puis il y a eu pas mal d'enfants qui ont aidé au démazoutage et qui n'ont pas nécessairement respecté les consignes.

Mais le risque surtout que les responsables n'ont pas voulu courir, c'est qu'en disant la vérité, il y aurait peut-être eu moins de bénévoles ! TotalFina et l'Etat voulaient sans doute éviter d'être obligés d'avoir recours à des équipes spécialisées pour nettoyer les côtes. Ils ont préféré le faire à l'économie... avec la peau des autres.

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