Irak : Il faut la levée des sanctions18/02/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/02/une-1649.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans le monde

Irak : Il faut la levée des sanctions

Le haut fonctionnaire chargé par l'ONU de la « coordination humanitaire » en Irak, Hans von Sponeck, vient de remettre sa démission. Officiellement, aucune explication n'a été donnée, mais il y avait des mois que ce fonctionnaire déclarait aux journalistes, que les conditions d'application de l'accord « Pétrole contre nourriture » qui régit les échanges entre l'Irak et le reste du monde, se menaient au détriment de la population irakienne.

Il y a une dizaine d'années que l'Irak subit les sanctions des grandes puissances impérialistes, sanctions censées frapper le dictateur Saddam Hussein. Elles ont surtout conduit à la dégradation de la situation de la population privée des moyens d'existence les plus élémentaires, de nourriture comme de médicaments. Et, pour mesurer la détresse de la population, il faut aussi se rappeler que cette décennie d'embargo économique est venue s'ajouter à, une presque décennie d'état de guerre.

L'étau s'est un peu desserré, avec la résolution 986 de l'ONU dite « Pétrole contre nourriture », adoptée en 1995 mais entrée en application courant 1996. Mais les termes de l'échange acceptés par les puissances impérialistes sont loin de permettre de couvrir ne serait-ce que les besoins les plus élémentaires. Depuis 1998, l'Irak peut exporter 5,2 milliards de dollars de pétrole tous les six mois. Les sommes, qui transitent par les Nations unies, servent pour 53 % à payer des importations irakiennes (nourriture, médicaments principalement); 13 % aux besoins des trois départements du nord du pays (Kurdistan) ; 30 % en compensation aux victimes de la guerre avec le Koweit (l 990). Le reste (4 %) va dans les frais divers occasionnés par l'embargo imposé à l'Irak!

« Nous n'avons pas été capables, moi compris, d'alerter la communauté internationale sur la gravité de la situation humanitaire », expliquait il y a quelques mois le haut fonctionnaire démissionnaire. Le secrétaire général des Nations unies lui-même a constaté dans un rapport, qui n'a pas fait les gros titres des

journaux, que même si le plafond autorisé était pleinement atteint, cette somme « serait insuffisante pour répondre à tous les besoins humanitaires du peuple irakien ». L'ensemble des sommes reçues représente en effet seulement 180 dollars (environ 1 100 F) par personne et par an et place l'Irak parmi les pays les plus pauvres de la planète (les 6 000 dinars du salaire minimum mensuel irakien valent environ 3 dollars soit 18 F sur le marché des changes).

Les illustrations de cette misère qui pèse sur la majorité de la population irakienne abondent. L'électricité est coupée en moyenne six heures par jour dans Bagdad. Un groupe électrogène qui ne se met pas en route pour suppléer à une coupure peut conduire à la mort d'un patient au cours d'une opération bénigne dans un hôpital de la capitale irakienne. Les même coupures peuvent également détruire les stocks de nourriture dans les entrepôts frigorifiques. Les écoles se vident, l'analphabétisme progresse.

Pour les dirigeants du monde impérialiste, le régime irakien a commis le pire des crimes, non pas celui d'être un régime dictatorial - cela l'impérialisme peut fort bien s'en accommoder - mais celui d'avoir tenté de suivre une route différente de celle tracée à Washington, Londres ou Paris. Et le fait payer à la population.

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