PCF : le prix de la soumission

17 Mai 2017

« Merci Monseigneur », telle a été la réponse, se voulant ironique, faite par le secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, à Jean-Luc Mélenchon. Le dirigeant de la France insoumise venait de refuser tout accord avec le PC aux élections législatives, ne consentant à apporter son soutien qu’à dix candidats du PCF.

Après qu’ils ont contribué à le mettre en selle, l’ancien sénateur et ex-ministre socialiste Mélenchon referme aujourd’hui la porte sur les doigts des dirigeants du PC, sans égards, ni gratitude.

Les dirigeants du PC ont eu beau protester qu’il y avait « une place du Parti communiste qui est un peu plus importante sur le terrain ». Ils ont annoncé le retrait de leur candidat face à Mélenchon à Marseille pour faire un « geste fort de rassemblement », suivant les termes de Pierre Laurent. Et celui-ci peut clamer sur tous les tons que « les candidats soutenus par le PCF-Front de gauche continueront de faire campagne la main tendue ». Rien n’y fait.

Mélenchon n’a à aucun moment accepté de négocier une alliance pour les élections législatives avec le PC : comme pour le scrutin présidentiel, il a exigé un ralliement en bonne et due forme. Pour obtenir le soutien de la France insoumise, tout candidat doit signer une charte imposant un cadre commun, aussi bien pour le programme que pour les logos utilisés, une association de financement unique et l’engagement à respecter une discipline de vote en cas d’élection à l’Assemblée nationale.

Signer cette charte ne suffit pas, le ralliement doit être total et inconditionnel. Ainsi, l’adjoint PC à l’urbanisme de Saint-Denis, Stéphane Peu, qui a été jusqu’à signer la charte du mouvement de Mélenchon, a dû subir une condition supplémentaire : « S’il est retenu, il faudra qu’il me soutienne sur la 1re circonscription, et non le candidat PC », a déclaré Éric Coquerel, l’un des responsables du Parti de gauche.

Bon prince, Mélenchon accepte de faire quelques exceptions vis-à-vis de personnalités qui ont été particulièrement engagées à ses côtés. Ainsi Clémentine Autain et la communiste Marie-George Buffet sont assurées de ne pas avoir de concurrent de la France insoumise dans leur circonscription. Dans le même esprit, les députés communistes ayant parrainé le candidat de la France insoumise ont eu droit à la même faveur. Générosité limitée car, comme certains ne se représentent pas, cela n’ajoutera que deux députés de plus à cette liste des exceptions.

Partout ailleurs, des candidats PCF et France insoumise s’affronteront, y compris chez les sortants communistes. En faisant le choix de s’aligner derrière Mélenchon à la présidentielle, le PC s’est mis en situation de devoir subir les ultimatum de ce politicien, en ayant de moins en moins les moyens de s’y soustraire.

De ce point de vue, la politique vis-à-vis de Mélenchon n’a été que la réédition de celle qui a conduit à mettre les militants communistes à la remorque de Mitterrand dans les années 1970, alors que celui-ci avait ouvertement affiché son intention d’affaiblir le Parti communiste.

Dans quelques circonscriptions, des accords locaux seront peut-être trouvés, au grand soulagement de certains notables du PC. Mais ce n’est pas cela qui permettra aux militants du PCF de sortir de l’impasse où les a menés la politique de leur parti.

Marc RÉMY