L’internationalisme : principe du mouvement ouvrier

17 Mai 2017

C’est peu dire que la campagne de la présidentielle et celle déjà entamée des législatives ont été et vont être totalement polluées par le déchaînement du nationalisme patriotard de tous côtés et sous toutes ses formes.

Macron, la droite, l’extrême droite, la gauche, la gauche de la gauche, de Le Pen jusqu’au PCF, c’est à qui sera le meilleur défenseur de la France avec un grand F. Que les défenseurs ouverts des intérêts de la bourgeoisie française se fassent les chantres de la défense de la patrie, c’est-à-dire de ses capitalistes, c’est dans l’ordre des choses. Mais entendre par exemple des syndicalistes CGT, par ailleurs revendicatifs, dire en parlant de la situation actuelle « J’ai mal à ma France », montre tout le fossé qui s’est creusé avec les valeurs fondatrices du mouvement ouvrier.

Le premier mot d’ordre, le premier cri de ralliement du mouvement ouvrier à sa naissance en tant que force organisée en 1864, a été : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Les travailleurs qui entendaient faire face à l’exploitation de la classe capitaliste tenaient à affirmer d’emblée à la face du monde leur unité en tant que classe et la communauté profonde de leur combat au-delà des différentes nations.

Pourtant, à l’époque, dans bien des pays, les nations bourgeoises en étaient encore à se constituer. Mais c’est sur cette base que se sont constitués les syndicats et les partis du mouvement ouvrier, regroupant des millions de travailleurs, conscients que leur combat pour mettre sur pied un ordre nouveau, débarrassé de l’exploitation capitaliste, était un combat commun à tous les travailleurs du monde.

Quand les fondateurs de la CGT, en France, reprenaient les propos de Fernand Pelloutier qui fixait comme but aux travailleurs « d’apprendre la science de leurs malheurs », cela passait par cette conscience de l’unité de combat des travailleurs du monde pour leur émancipation. C’est sur ces bases que le mouvement ouvrier est devenu une force à l’échelle internationale. Et, a contrario, chaque fois que les travailleurs ont vu leurs organisations, syndicats et partis se soumettre à leur bourgeoisie, ce fut toujours en prônant le nationalisme, le patriotisme, pour se justifier. Ce fut le cas en 1914 du Parti socialiste, dans les années 1930 le cas du PCF.

Aujourd’hui, il est vital que les travailleurs se réapproprient l’internationalisme prolétarien. C’est une boussole et une référence indispensable pour identifier ses amis et ses ennemis. C’est une nécessité tout aussi indispensable pour affronter les combats qui viendront, afin de savoir que, si les travailleurs doivent s’unir au niveau du pays quelle que soit leur origine, ils ont des alliés en nombre encore plus considérable de l’autre côté des frontières, des bataillons ouvriers sans lesquels ils ne pourront jamais triompher des capitalistes. Tous les militants soucieux de l’intérêt de leur classe devraient faire de la défense de cette idée leur combat, dans cette campagne et après.

Paul SOREL