Le vote FN : nuisible à la classe ouvrière

17 Mai 2017

Beaucoup sont soulagés par la défaite de Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Il reste que le FN vient de battre ses records électoraux, avec 7,6 millions de voix au premier tour (contre 6,4 millions en 2012) et 10,6 millions de voix au second. En deux semaines, Le Pen a gagné près de 3 millions de nouveaux électeurs.

Ce vote a pris une tournure massive dans certains quartiers ouvriers des petites villes, où les militants se demandent comment on a pu en arriver là. Le vote Le Pen a été, dans une partie du monde ouvrier, le déversoir facile du rejet des politiciens menteurs et voleurs, des financiers sans scrupules, de la peur du chômage. Aidée par le fait de n’avoir jamais exercé de responsabilités politiques, Le Pen a de plus tablé sur des préjugés tenaces : contre l’Europe, contre les étrangers, pour les frontières. Ces préjugés, le FN ne les a pas inventés, mais ils se répandent d’autant plus facilement qu’ils ont été et sont encore cultivés par des partis et des syndicats qui se prétendent défenseurs des travailleurs.

Démagogue sans vergogne, la candidate du FN s’est dite contre les licenciements et les fermetures d’usine, pour le retour à la retraite à 60 ans, pour la hausse du pouvoir d’achat, là où Macron et Fillon promettaient du sang et des larmes aux travailleurs. Mais ceux d’entre eux qui ont voté Le Pen en croyant exprimer une protestation contre un système qui les broie ont fait pis que viser à côté.

Tout d’abord, ils ont ainsi contribué à renforcer un parti d’extrême droite, cette tradition qui va du fascisme des années 1930 à l’Algérie française de l’OAS, en passant par Vichy et Pétain. Les tenants de cette tradition, bon nombre de cadres du FN, ceux qui accéderaient aux responsabilités en cas de victoire électorale, sont des ennemis féroces des travailleurs, de leurs organisations, de leurs revendications.

Même en tant que vote de protestation, resté tel du fait de la défaite électorale de Le Pen, le vote FN est un mauvais coup contre la classe ouvrière. Il encourage la division des travailleurs entre Français et immigrés et affaiblit leurs capacités combatives. Pire encore, en détournant la colère de certains travailleurs contre d’autres, migrants, détachés, sans-papiers, il protège les vrais responsables, les capitalistes. C’est déjà dangereux quand cela ne concerne que les conversations et les urnes. Cela deviendrait catastrophique si les idées que cela véhicule servaient à dévoyer les luttes des travailleurs, si des grèves ouvrières étaient lancées contre des travailleurs immigrés ou détachés, par exemple.

Le fait qu’une partie des travailleurs aient cru pouvoir protester en votant Le Pen exprime aussi et surtout une perte de repères et de conscience de classe, un abandon de l’idée de lutte de classe telle qu’elle fut transmise de génération en génération, même mal, même travestie par les réformistes et les staliniens. Loin de défendre la classe ouvrière, le FN entend enchaîner les ouvriers français aux patrons français et les dresser contre le reste du monde. En commençant par dresser les travailleurs français contre leurs frères de classe immigrés, qui travaillent à leurs côtés, le FN contribue à faire oublier qu’il existe une classe ouvrière ayant des intérêts spécifiques à défendre.

L’existence de la classe ouvrière, le fait qu’elle est formée de travailleurs de toutes origines, qu’elle est une classe internationale, est démontré par la vie même. On ne pourra réellement combattre l’influence du FN en son sein qu’en s’appuyant sur cette réalité, c’est-à-dire en avançant une politique de lutte de classe intransigeante contre le patronat, son gouvernement, ses institutions, une politique internationaliste, communiste et révolutionnaire.

Paul GALOIS