À la recherche du sauveur

17 Mai 2017

Au moment de son intronisation, pas une voix n’a manqué à Macron, parmi les commentateurs ou analystes politiques, pour le présenter comme l’homme providentiel que la France attendait.

Macron ouvrait une ère nouvelle, on allait assister à une renaissance de la démocratie, avec un président qui rompait avec la logique des partis pour s’appuyer sur la société civile, le seul homme capable de relever le pays, etc. On a eu droit à un déluge de sucreries jusqu’à l’écœurement. Quant aux cérémonies de passation de pouvoir sous les ors de l’Élysée et de Matignon, qui tenaient plus de l’Ancien Régime que du pacte républicain, elles étaient là pour légitimer un pouvoir qui n’a rien de démocratique, même si le président est issu d’une élection.

Après cinq ans de gouvernement Hollande, qui avait ouvertement piétiné ses promesses, il fallait trouver quelqu’un qui puisse donner le change et faire illusion. Mais, derrière les grandes phrases et les discours creux, il y a la réalité. Macron n’entend pas mener une autre politique, ni même changer des institutions qui permettent au président de la République de la mener en s’en faisant l’arbitre suprême. Il a déjà annoncé la couleur en affirmant qu’il comptait faire passer par ordonnances toutes les attaques à venir contre le Code du travail, pour ne pas risquer d’être gêné par le vote des parlementaires censés représenter le peuple. Et ce n’est qu’un exemple.

Comme ses prédécesseurs, Macron se satisfait du régime présidentiel mis en place par de Gaulle en 1 958, lors de l’instauration de la Ve République. C’était un régime bonapartiste, avec à la tête de l’État un homme qui se présentait comme providentiel et concentrait entre ses mains suffisamment de pouvoirs pour se placer au-dessus de la mêlée, afin de résoudre les conflits d’intérêts entre groupes hostiles. De Gaulle a pu s’imposer pour jouer ce rôle pendant quelques années parce que la situation le lui permettait. Le pays s’empêtrait dans la guerre d’Algérie, aucun des gouvernements qui se succédaient à toute vitesse n’était capable de mettre fin à cette guerre, face à un état-major prêt à se rebeller pour conserver l’Algérie française.

Après avoir permis à la bourgeoisie française de se sortir de ce mauvais pas, de Gaulle lui a aussi légué le système politique de la Ve République, assorti de l’élection du président au suffrage universel. Le président une fois élu, la bourgeoisie est ainsi assurée de disposer à l’Élysée d’un homme capable d’imposer sa politique quoi qu’il arrive. Le tout est de faire ce qu’il faut, trompettes des médias et cérémonials à l’appui, pour tenter de lui donner du lustre et de la crédibilité, expliquer qu’on a là l’homme plein d’idées pour « sauver la France ». Et bien sûr, aucun journaliste ne manque à l’appel quand il s’agit de présenter cette élection comme le summum de la démocratie.

Marianne LAMIRAL