Faïencerie de Gien : les travailleurs débrayent

17 Mai 2017

Jeudi 11 mai, à la prise de poste du matin, les trois quarts des travailleurs des ateliers de la Faïencerie de Gien, dans le Loiret, ont fait deux heures de grève pour dénoncer les bas salaires et le non-respect par la direction de la convention collective.

Le mécontentement couvait depuis plusieurs mois. Mais la goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été quand, le 30 mars dernier dans une émission télévisée, le directeur général a eu le toupet d’expliquer que les ouvriers étaient heureux et fiers de travailler à la faïencerie.

Dans cette manufacture à l’ancienne, qui produit des pièces et de la vaisselle de luxe inaccessibles aux bourses de ceux qui les fabriquent, les conditions de travail sont elles aussi dignes d’un autre âge. Mais pour ce patron paternaliste qui ose parler au nom des ouvriers, ce serait un bonheur d’y travailler ! Comme l’a dit un travailleur : « Fiers, nous le sommes. Heureux ? On est très loin du compte. »

Car derrière la prestigieuse marque française se dissimule la brutalité de l’exploitation. Après trente ans d’ancienneté, le salaire des ouvrières ne dépasse pas le smic. Un chauffeur de four en 5x8 gagne moins de 1 500 euros net par mois. Une nouvelle grille de classification, rétroactive à partir de janvier, prévoit bien une légère revalorisation des salaires. Mais pour ne pas les augmenter, la direction a rétrogradé la plupart des métiers ! Des ouvriers qualifiés, avec trente ans d’ancienneté, sont rétrogradés comme manœuvres pour le même travail. Cela permet à la direction de ne pas appliquer le minimum prévu par la convention collective. Les erreurs de salaire sont réglées avec retard, le tarif des jours fériés n’est pas respecté.

À cela s’ajoute l’intensification de l’exploitation. Certains postes pénibles, comme le trempage dans l’émail, provoquent des tendinites et des troubles musculo-squelettiques. Mais le rendement a été augmenté, et les ouvrières qui ont du mal à le suivre se voient convoquées à un entretien. On peut être appelé au pied levé quelques heures avant pour effectuer un remplacement. La direction mégote sur tout, les équipements de protection, le matériel de réparation, jusqu’au papier toilette que les ouvrières sont réduites à apporter elles-mêmes !

Suite au débrayage, la direction a pour l’instant refusé de satisfaire la principale revendication des grévistes, qui est l’application des salaires minimaux prévus par la convention collective. Avec cynisme, elle propose de supprimer la prime de fin d’année pour l’intégrer aux salaires, ou bien d’augmenter ces derniers... quand l’entreprise fera des bénéfices. Mais les ouvriers n’ont aucun contrôle sur les comptes, et la direction peut bien raconter ce qu’elle veut ! Les travailleurs ont commencé à faire connaître leur mouvement et sont décidés à poursuivre leur action.

Correspondant LO