Algérie : forte abstention et stabilité politique

17 Mai 2017

Alors que le gouvernement a mené une campagne sans précédent pour tenter de mobiliser les électeurs, le 4 mai, près de 63 % d’entre eux ne se sont pas déplacés pour élire les représentants au Parlement.

L’abstention a été forte, en augmentation de 5 % par rapport aux élections législatives de 2012, mais elle a été cependant contenue. Les partis de l’alliance présidentielle, le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), ont obtenu la majorité absolue, avec 164 sièges pour le FLN, et 97 sièges pour le RND. Quant aux islamistes, qui avaient été laminés aux élections de 2012, ils n’ont pas réussi leur retour, puisque les différentes coalitions y faisant référence n’ont obtenu au total que 67 sièges, contre 60 en 2012.

Le gouvernement peut sans doute se réjouir de cette stabilité politique, favorable aux affaires de la bourgeoisie algérienne et étrangère, mais l’abstention reflète le rejet des classes populaires envers des partis politiques qui, à un degré ou à un autre, sont presque tous impliqués dans des affaires de corruption. L’accès à des postes politiques permet en effet à des affairistes, petits et grands, d’asseoir leur influence, d’avoir plus facilement accès à des marchés publics et de bénéficier d’une immunité parlementaire.

Chute des prix du pétrole et austérité

Tout cela est loin des préoccupations des travailleurs et des classes populaires, confrontés à des difficultés quotidiennes grandissantes. Même lorsque le pétrole connaissait ses cours les plus hauts, le chômage touchait massivement la jeunesse. Le gouvernement avait mis en place un certain nombre de mesures pour tenter de le juguler, telles que l’accès au crédit ou l’accès à des emplois aidés dans le public et le privé. Mais, avec un pétrole à 50 dollars le baril contre 110 en 2014, le régime ne dispose plus de la même aisance financière. Près de 30 % des jeunes sont sans emploi. Le marché de la construction est au ralenti, la vente de véhicules automobiles, qui battait des records en 2014, a chuté, nombre de showrooms ouverts dans des villes de moyenne importance ont fermé.

Le gouvernement a décidé de faire des économies, mais ce n’est pas les cadeaux aux patrons qu’il a réduits. Il s’est attaqué à l’automne dernier aux retraites du secteur public, il a passé la TVA de 17 à 19 % tout en dévaluant le dinar. Il a également baissé les subventions sur le carburant et l’électricité. Le niveau de vie des travailleurs s’est effondré. Faire ses courses quand on gagne le salaire minimum, soit 18 000 dinars (150 euros au cours officiel), est un casse-tête, même les produits locaux, tomates, pommes de terre, oranges sont hors de prix.

Un patronat arrogant

Le Code du travail est remis en discussion. On ne connaît toujours pas la teneur des attaques en préparation, mais le statut des travailleurs du secteur public est visé. Les patrons du privé, quant à eux, ne s’embarrassent pas du Code du travail, dans un secteur où la précarité est la norme et les syndicats inexistants. Le patronat voudrait que le gouvernement aille plus loin dans ses attaques contre les classes populaires, qu’il cesse les subventions aux produits de première nécessité et qu’il mette fin à la gratuité en matière de santé et d’éducation.

Devant ces pressions, le pouvoir tente de gagner du temps, car il craint une explosion sociale qui déboucherait sur une crise politique similaire à celle de 1988. Aussi, tant qu’il a les moyens financiers, il temporise. Avec des réserves de change qui s’élèvent à plus de 100 milliards de dollars, il dispose encore d’une marge de manœuvre. De leur côté, même si le nombre de grèves est en recul, les travailleurs ne semblent pas abattus, et leur combativité pourrait se manifester face aux attaques du gouvernement.

Leïla Wahda