Prisons : les ministres passent les prisonniers s’entassent

19 Avril 2017

Le ministre de la justice Jean-Jacques Urvoas a publié, mardi 18 avril, une lettre de cinquante-huit pages destinée à son successeur. Il avait lui-même succédé à Christiane Taubira, il y a quinze mois.

Depuis, il a soutenu la mission d’information sur le redressement de la justice conduite par le sénateur de la droite LR Philippe Bas. Et, pour les prisons, il avait de même placé à la tête d’une commission l’ex-sénateur LR Jean-René Lecerf. Cela a débouché sur deux rapports, publiés au début du mois et qui pourraient servir au prochain ministre.

Zélé, le ministre a préparé ce travail. Son secrétariat travaille déjà sur un texte de loi et sur des éléments pour les budgets des trois années à venir. Il propose à son successeur de mettre en œuvre ce que ni lui ni Christiane Taubira n’ont réussi : promouvoir d’autres sanctions pénales que la prison. Mais il n’a rien préparé de concret sur ce plan.

Aujourd’hui, 58 000 pla­ces en prison accueillent 70 000 prisonniers, dont près de 20 000 sont en détention provisoire, et donc présumés innocents. En conséquence, la surpopulation explose et rend très difficile la vie des détenus qui s’entassent dans les cellules, aussi bien que celle du personnel pénitentiaire débordé.

En revanche, le ministre a mis au point pour la suite un plan de construction de prisons, dont l’objectif serait que, d’ici 2025, 80 % des détenus disposent d’une cellule individuelle. On ne sait quelle suite sera faite à ce plan, mais il indique que l’emprisonnement reste la priorité.

Pour le reste, Urvoas tient un discours standard de ministre : selon lui, l’amélioration du fonctionnement de la justice, elle aussi engorgée, ne se réduirait pas à la question des moyens. Les plaignants continueront d’attendre.

Il y a cinq ans, François Hollande s’était engagé à rendre les prisons « conformes aux principes de dignité ». Comme d’autres, ces belles paroles sont tombées dans la poubelle des promesses non tenues. Les détenus, déjà privés de liberté, n’ont pas fini de vivre dans des conditions dégradantes.

Jacques FONTENOY