Les patrons peuvent partir !

19 Avril 2017

« Si l’on applique votre programme, les patrons partiront à l’étranger » : beaucoup de journalistes font cette objection à Nathalie Arthaud, en en tirant argument pour qualifier sa campagne d’utopique.

Ce type de chantage, le patronat l’exerce déjà au quotidien dans les entreprises, pour obtenir des travailleurs qu’ils sacrifient leur emploi et leur santé pour les profits. Il l’exerce aussi vis-à-vis des pouvoirs publics, les rares fois où sont discutées des mesures qui lui seraient défavorables.

Dans le passé, la bourgeoisie n’a pas hésité à dresser ce « mur de l’argent », c’est-à-dire la puissance que lui confère sa domination sur l’économie, en face de gouvernements de gauche faisant mine de contenter les travailleurs. Cela n’a pas manqué à chaque fois d’aboutir à des renoncements gouvernementaux douloureux pour les travailleurs qui avaient pensé que l’alliance électorale du Front populaire en 1936 les protégerait de la crise et de la guerre, ou plus récemment qui avaient cru que les promesses électorales de Mitterrand, Jospin ou Hollande se traduiraient par moins de licenciements et d’usines qui ferment. Hamon et Mélenchon, s’ils arrivaient demain au pouvoir, ne pourraient que constater que les vrais maîtres de l’économie sont les grands patrons et gros actionnaires, qu’aucune Ve ou VIe république ne peut contraindre.

Dans son programme, Nathalie Arthaud défend, entre autres, la nécessité d’imposer des salaires et des pensions revalorisées de 300 euros par mois, avec un plancher à 1 800 euros net, ainsi que l’interdiction des licenciements et des suppressions d’emplois. Mais elle ajoute que les travailleurs doivent se préparer à imposer leurs exigences au patronat par la lutte dans les entreprises et dans la rue.

Si des patrons trouvent intolérable d’être ainsi contraints et que le monde du travail utilise sa force et sa capacité à bloquer la production, et préfèrent partir, personne ne les retient. Les exploiteurs ne sont pas utiles, seuls leurs moyens de production le sont. Les travailleurs mobilisés peuvent exproprier les usines et commencer à les faire tourner pour satisfaire les besoins, non pas d’une minorité d’actionnaires privilégiés, mais de toute la société.

La classe des travailleurs, l’ensemble du monde du travail, des ouvriers aux ingénieurs, est très nombreuse. Aujourd’hui, elle fait déjà tourner toute l’économie, des transports aux hôpitaux, des écoles à la production industrielle, de l’énergie aux services bancaires. Mobilisée et organisée, elle serait parfaitement capable de construire son propre pouvoir et de prendre le contrôle de l’économie en l’arrachant des mains de la bourgeoisie.

Lucien DÉTROIT