Chantiers de Saint-Nazaire : d’un patron l’autre, la même exploitation

12 Avril 2017

Le gouvernement français a finalement annoncé la conclusion d’un accord avec l’entreprise italienne Fincantieri pour l’achat des chantiers navals de Saint-Nazaire, actuellement contrôlés par le groupe sud-coréen STX.

L’annonce de ce pacte d’actionnariat intervient après plusieurs mois de rumeurs et de commentaires largement repris par la presse. Jour après jour, en pleine campagne électorale, la plus grande partie des notables politiques, syndicaux et économiques ont rivalisé de surenchères pour apparaître comme les protecteurs de ce « joyau industriel français » et comme les « sauveurs de la Navale, garant de l’indépendance nationale ».

De Mélenchon à Le Pen, l’objet de leurs interventions, nationalistes, chauvines voire racistes, n’est évidemment pas de dénoncer ou de combattre le fait que de grands groupes capitalistes puissent s’acheter et se vendre par-dessus la tête de milliers de salariés des moyens de production qui constituent leur gagne-pain, et donc que ces groupes puissent décider de leur avenir comme bon leur semble. Non ! C’est sur le terrain de la « souveraineté nationale » qu’ils prétendent être les « défenseurs des citoyens ». C’est ainsi que, faute de candidat repreneur français, même Fillon s’était prononcé pour une nationalisation des chantiers.

L’un des derniers actes revendiqués du quinquennat de Hollande est donc ce pacte d’actionnariat censé protéger de tous ces dangers. L’État français conserve 33 % des actions. DCNS (les arsenaux) prend 12 %. Restent 55 %. Pour que l’on ne puisse pas dire que Fincantieri sera majoritaire à lui tout seul, 7 % des actions ont été réservées à une fondation italienne à « but non lucratif », voisine de palier du siège social de Fincantieri à Trieste !

Pour montrer que l’emploi est sauvegardé, une clause prétend apporter une garantie sur l’emploi pendant… cinq ans. Un ancien directeur des chantiers en rit publiquement : les réductions d’effectifs réalisées ces dernières années rendent déjà problématique la réalisation des quatorze paquebots à produire dans les huit prochaines années.

Plus significatif, ce pacte prévoit de maintenir en place la direction locale des chantiers, bien française, qui avec constance et au service des différents patrons, français, norvégiens, finlandais, sud-coréens qui se sont succédé ces dernières années, a mené activement la même politique antiouvrière. Cette direction sera en pleine harmonie avec celle de Fincantieri qui a justement imposé à ses salariés d’Italie, en juin dernier, un accord de compétitivité aggravant les conditions de travail.

Face au matraquage idéologique, le mutisme de la classe ouvrière des chantiers pouvait faire croire qu’elle était aussi désarmée et assommée que le souhaitent ses ennemis et faux amis. Mais au début de la semaine du 10 avril, à l’annonce que la prime d’intéressement sera égale à zéro, des débrayages spontanés pour les salaires se sont répandus dans plusieurs secteurs des chantiers. C’est un début de réponse aux attaques des patrons.

Correspondant LO