Argentine : première grève générale contre Macri

12 Avril 2017

Jeudi 6 avril, la grève générale a paralysé l’Argentine. La très large avenue du 9 Juillet à Buenos Aires, comparable aux Champs-Élysées, était déserte. Il n’y avait pas de bus, pas de métro. Écoles, banques et aéroports étaient fermés, avec des barrages humains sur la chaussée, des manifestations partout, des villages de tentes pour passer la nuit et les principaux accès de la capitale bloqués par les grévistes et les manifestants.

« La grève était quasi-totale », s’est réjoui Hugo Yasky, un dirigeant de la Centrale des travailleurs argentins (CTA), qui organise les employés du secteur public et les enseignants. La grève était appelée également par la CGT, à l’exception de son secteur de la restauration qui soutient le président argentin, Mauricio Macri.

Les travailleurs d’Argentine rejettent massivement la politique d’austérité menée depuis seize mois par Macri, homme de droite et héritier d’un empire industriel. Depuis qu’il gouverne, il a multiplié les attaques contre la population. Le peso a été dévalué et les subventions qui réduisaient le montant des factures d’eau, de gaz, d’électricité et de transports ont été supprimées, entraînant une explosion des prix. Une forte inflation chiffrée à 40 % dévore le pouvoir d’achat, d’autant que Macri rejette les augmentations de salaire qui dépasseraient 17 %.

La colère a commencé à s’exprimer début mars. Les manifestations se sont multipliées. Les enseignants sont entrés en lutte. La politicienne alliée de Macri qui dirige la province très peuplée de Buenos Aires, Maria Eugenia Vidal, a tenté de payer des briseurs de grève pour remplacer les enseignants. Elle a surtout obtenu d’exaspérer ceux-ci, en grève depuis des semaines et qui manifestent avec des pancartes proclamant : « Tant qu’il y aura des enseignants debout, il n’y aura pas de peuples à genoux ». Ils exigent des augmentations en rapport avec l’inflation, soit au moins 35 %.

D’autres secteurs sont en lutte. Dans plusieurs entreprises de la province de Buenos Aires, des travailleurs s’opposent à des licenciements ou à des fermetures d’usine, à tel point que les grévistes d’une imprimerie du quotidien Clarin ont réalisé un magazine spécial titré « Vive les luttes ouvrières ».

Ce mécontentement a débouché sur une manifestation si puissante, le 7 mars, qu’elle a obligé les centrales syndicales, jusque-là attentistes, à appeler à la grève générale. Pour calmer le jeu, la CGT appelait toutefois les grévistes à rester chez eux, un appel que les salariés les plus combatifs n’ont pas entendu. Appuyés par les organisations d’extrême gauche, ils ont bloqué les accès à la capitale. Le gouvernement a répliqué par les canons à eau et les gaz lacrymogènes, ce que la ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, appelle sans rire la « bataille culturelle ».

Il reste que la cote du président Macri est en chute libre. Il cherche à faire défiler ses partisans. Quelques milliers d’entre eux ont dû sacrifier leur week-end pour le soutenir le 8 avril.

Cela ne fera pas taire le mécontentement, qui est profond. La politique de Macri a réveillé le spectre de la paupérisation, dont le taux s’envole au rythme de l’inflation. Les enseignants, aile marchante de la contestation, exigent maintenant des centrales syndicales une autre journée de grève nationale, pour leurs revendications mais aussi contre la répression.

Jacques FONTENOY