Logement : un besoin vital

29 Mars 2017

D’après le dernier rapport de la fondation Abbé-Pierre, près de 12 millions de personnes ont des salaires insuffisants pour se loger correctement : consacrant plus de la moitié de leur revenu au loyer, ayant des difficultés à payer le minimum de chauffage ou la taxe d’habitation qui augmentent sans cesse, condamnés à vivre dans des logements trop petits ou dégradés, se retrouvant sous la menace d’une expulsion.

Il faut y ajouter de l’ordre de 4 millions de personnes sans abri, mal logées ou sans logement personnel. Au total désormais plus de 15 millions de personnes seraient, selon la fondation, victimes de la crise du logement, soit une bonne partie des classes populaires.

Dans cette société dominée par l’argent, le logement est une marchandise comme une autre. La construction a pour moteur l’enrichissement des promoteurs, l’accroissement des fortunes des gros propriétaires. Loger ceux qui en ont besoin n’est que secondaire. D’où l’accaparement des terrains les mieux situés pour la réalisation de bureaux déjà en surnombre, la construction de logements de standing destinés à ceux qui ont déjà tout, les loyers indécents dans les grandes villes.

Se loger devrait être, comme se soigner, un droit élémentaire. Pour répondre à l’urgence de la situation, il faut commencer par interdire les expulsions, mettre en place un moratoire sur les dettes des locataires et des petits propriétaires étranglés par les traites, et récupérer les logements laissés volontairement vides par les gros propriétaires, souvent des banques ou des assurances.

Pour répondre pleinement à l’ampleur des besoins, la construction de logements doit devenir une priorité dans les dépenses de l’État. Il y a les moyens techniques et financiers de construire rapidement des logements confortables à prix coûtant, en embauchant directement les centaines de milliers de travailleurs du bâtiment nécessaires. Le rythme de construction devrait être d’au moins un million de logements par an, sans compter ceux qui devraient être réhabilités chaque année. Il faut réquisitionner sans indemnité les terrains laissés vacants par les spéculateurs immobiliers. Les loyers doivent être baissés, alignés au niveau des coûts de construction et des charges d’entretien.

Les difficultés des familles populaires face à la question du logement imposent des mesures radicales. Elles démontrent aussi la nécessité d’une planification réelle de la construction, rompant avec l’anarchie du marché, avec pour objectif de satisfaire les besoins à plus long terme. Cela nécessite d’imposer un contrôle sur les grands groupes immobiliers, qui profitent de la pénurie actuelle pour s’enrichir au détriment du plus grand nombre.

Gilles BOTI