Grande-Bretagne : l’attentat de Londres et le terrorisme des États

29 Mars 2017

L’attentat du 22 mars à Londres, qui a fait quatre morts, était-il réellement un attentat islamiste contre le Parlement britannique, ou bien s’est-il agi d’un acte de désespoir insensé ?

Après des jours de commentaires en boucle à la télévision, concernant une menace terroriste orchestrée de loin par Daech, quoi qu’ait pu prétendre un communiqué de cette organisation, la réalité s’est révélée quelque peu différente. Comme lors des attentats de 2005 et de 2013, l’attaquant était né et avait grandi en Grande-Bretagne, fils d’une mère anglaise et d’un père d’origine antillaise. À part des bagarres à répétition à l’issue de beuveries, qui lui avaient valu plusieurs séjours en prison, la police n’avait rien sur lui, sinon sa conversion à l’islam, il y a une quinzaine d’années, à la suite de quoi il s’était fait appeler Khalid Massood. Depuis, rien, sinon la vie sans histoire d’un père de trois enfants, bien vu de ses voisins, dans une banlieue populaire de Birmingham, – jusqu’en décembre dernier, où il fut expulsé avec sa famille de son logement devenu trop cher, faute d’un salaire régulier.

Pour les victimes et leurs familles, évidemment, un drame reste un drame, quelles qu’en soient les causes. Mais l’ineptie et l’hypocrisie éhontée dont ont fait étalage tant les médias que la classe politique à cette occasion touchent à l’ignominie. Ainsi un quotidien à grand tirage a-t-il pu titrer, en caractères géants : « L’assassin était un escroc à l’assurance chômage », trop heureux de pouvoir s’en prendre à un chômeur à défaut d’un vrai terroriste, après avoir distillé son venin habituel contre les « faux réfugiés terroristes » dans ses numéros précédents. Et pendant ce temps, tous les leaders politiques, de la Première ministre conservatrice Theresa May au maire travailliste de Londres, Sadiq Khan, entonnaient le couplet de l’unité nationale face au terrorisme.

Ignominie également que le silence assourdissant de cette même presse et de ces mêmes politiciens sur le sort des 33 victimes d’un bombardement de la coalition occidentale, le jour même de l’attaque de Londres, contre une école de la ville syrienne de Tabqa où se terraient une cinquantaine de familles de réfugiés, comme sur celui des 52 morts, pris au piège quatre jours auparavant, dans le bombardement d’une mosquée, également en Syrie.

Que ces bombes aient été américaines, anglaises, ou peut-être françaises, ne change rien à l’affaire. Car si on ignore les motifs réels de Khalid Massood le 22 mars, ceux qui animent les dirigeants des pays riches dans leur aventure guerrière en Syrie et en Iraq, ne font, eux, aucun doute. Il s’agit avant tout d’imposer à toute une région leur ordre impérialiste, l’ordre de leurs multinationales, en usant d’un terrorisme qui ne dit pas son nom, mais qui n’en est pas moins mortel pour les populations, déjà en butte à celui des milices telles que Daech.

François ROULEAU