Faire entendre sa voix

29 Mars 2017

Y aura-t-il une forte abstention au premier tour de l’élection présidentielle, le 23 avril ? Sondeurs et journalistes le prévoient et parlent pudiquement de « perte de crédibilité de la classe politique ». Et tous de discourir sur « le meilleur moyen de renouer les liens » et de « rétablir la confiance ».

C’est dans les milieux populaires que le courant vers l’abstention est le plus fort. Et pour cause, c’est là que la situation se dégrade d’année en année. C’est là que le chômage de masse produit ses effets destructeurs. Et c’est là qu’on a pu constater que les promesses successives des politiciens de tout bord n’étaient que du vent. Alors beaucoup disent : à quoi bon ? Et si cette désillusion se traduit souvent en dégoût envers les politiciens et la politique en général, c’est bien parce que, depuis des dizaines d’années, les partis qui se disaient les porteurs des intérêts des travailleurs et des couches laborieuses ont dévoyé et trahi la confiance que des millions d’ouvriers plaçaient en eux.

Pendant des générations, depuis la fin du 19e siècle, l’idée qu’un ouvrier votait pour des partis ouvriers, et jamais pour des partis bourgeois, s’était transmise. Mais le Parti communiste et la CGT, sans parler des autres, ont remplacé cette idée par la seule perspective de l’union de la gauche. Ils ont ancré l’idée que les choses changeraient si, et seulement si cette gauche, avec à sa tête des représentants patentés de la bourgeoisie, venait au pouvoir. Les travailleurs ont pu vérifier dans leur chair que cela ne menait qu’à des désillusions.

Chaque travailleur sait que, pour se faire entendre de son patron, se faire respecter, il faut se manifester, se grouper, même si c’est souvent difficile. Ce qui est valable au niveau d’une entreprise l’est encore plus au niveau de tout le pays. Le vote peut être un moyen de se prononcer sur les intérêts généraux du monde du travail, un moyen de se compter, de voir qu’on n’est pas seul, d’affirmer qu’il y a une alternative face à l’arrogance des possédants et des gouvernants.

L’abstention, elle, n’a jamais fait peur aux bourgeois. Dans certains pays, la majorité des travailleurs s’abstiennent, et parfois depuis longtemps. Mais cela veut dire que la classe ouvrière et les classes populaires abandonnent toute expression politique à leurs exploiteurs, et les possédants s’en accommodent, sans problème.

L’idée que les élections peuvent changer la vie a été et reste un piège mortel pour le monde ouvrier, mais abandonner l’arène électorale aux partis bourgeois ne vaut guère mieux. Voter pour Nathalie Arthaud le 23 avril, ce sera faire entendre le camp des travailleurs. Ce sera affirmer que des travailleurs ne se résignent pas à l’inacceptable et ont confiance dans la capacité du monde du travail à lutter pour ses intérêts.

Paul SOREL