États-Unis : Trump paralysé par son propre camp

29 Mars 2017

La loi sur l’assurance médicale a été la cible principale des attaques des Républicains depuis qu’Obama y a apposé sa signature, il y a sept ans. Pendant sa campagne, Trump a pu faire assaut de démagogie en promettant qu’une de ses toutes premières mesures serait d’abroger cette loi et de la remplacer par une loi couvrant mieux la population pour un moindre coût.

La loi surnommée Obamacare, qui oblige sous peine d’amende à souscrire une assurance médicale auprès des compagnies d’assurance privées, a laissé 27 millions de personnes sans couverture médicale et n’a couvert que partiellement ceux qui s’étaient assurés, pour un prix pourtant de plus en plus exorbitant au fil des années et pour le plus grand profit des compagnies d’assurance.

Mais le projet de loi que Trump a présenté à la Chambre des représentants ne correspondait pas à ses fanfaronnades de campagne, puisqu’il aurait exclu 18 millions de personnes supplémentaires de toute couverture maladie dès l’an prochain. Le projet de loi limitait les sommes que l’État fédéral paie pour aider les États à étendre Medicaid, la couverture médicale des plus pauvres, qui a bénéficié à 12 millions de personnes. De même, le projet mettait fin aux subventions de l’État fédéral pour aider les particuliers à payer des primes d’assurance bien trop élevées. Les amendes payées à l’État pour défaut d’assurance médicale devaient être supprimées et remplacées par la possibilité offerte aux compagnies d’assurance de majorer les primes de 30 % pour des personnes nouvellement assurées ou qui ne l’auraient pas été pendant plus de deux mois. Quant aux personnes âgées, les compagnies d’assurance auraient eu le droit de les faire payer cinq fois plus que les jeunes, au lieu de trois fois plus actuellement.

C’est dire que le Trumpcare aurait été une attaque en règle contre la couverture médicale de la population, qui est pourtant déjà l’une des plus chères et des moins efficaces de tous les pays développés.

Mais le problème pour Trump est que les républicains, qui depuis sept ans n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur un nouveau projet, ont continué à se diviser sur son propre projet. Un certain nombre d’élus, en particulier les gouverneurs qui avaient accepté d’étendre Medicaid, craignaient la colère de leurs électeurs s’ils se retrouvaient sans couverture médicale. D’autres, au contraire, voulaient aller encore plus loin dans la suppression des contraintes imposées aux compagnies d’assurance, en éliminant toutes les exigences minimum en matière de couverture médicale inscrites dans l’Obamacare, en mettant en option dans les polices d’assurance les soins préventifs, l’hospitalisation, les accouchements, les médicaments, la rééducation, les bilans de santé, pour un coût évidemment plus important. Certains auraient même voulu que, pour avoir droit à Medicaid, un travail soit exigé des personnes valides.

Mettre les républicains d’accord s’est révélé mission impossible pour Trump : toute concession à leur extrême droite suscitait immédiatement l’opposition des plus modérés et, malgré tous ses efforts, faits de flatteries, promesses et menaces, la Chambre des représentants n’a pu s’assurer d’une majorité pour voter le projet de loi. Trump a finalement préféré le retirer avant de le soumettre au vote.

Après que des juges ont bloqué par deux fois ses décrets sur l’entrée des étrangers aux États-Unis, c’est le Parlement, où les Républicains sont majoritaires, qui refuse de voter son projet de loi.

L’Obamacare va rester en place, mais cela n’empêchera pas la couverture médicale de la population de se dégrader. Les compagnies d’assurance relèvent régulièrement le montant des primes tout en augmentant ce qui reste à la charge des assurés. Les entreprises s’exonèrent de plus en plus de l’obligation d’assurer leurs salariés. Quant au gouvernement Trump, il va chercher tous les moyens de réduire les subventions fédérales, pour mettre en place les énormes réductions d’impôts qu’il a promises aux plus riches. C’est dire que la population laborieuse doit se préparer à riposter aux attaques multiples à l’ordre du jour.

Dominique CHABLIS