Banques et paradis fiscaux : l’opacité

29 Mars 2017

Selon un rapport de l’ONG Oxfam publié le 27 mars, les vingt plus grandes banques européennes ont réalisé 25 milliards d’euros de bénéfices dans les paradis fiscaux en 2015, soit 26 % des bénéfices totaux générés par ces banques en 2015.

Ces bénéfices seraient tirés de filiales implantées en Irlande, au Luxembourg ou aux îles Caïmans, etc., des filiales qui ne représentent pourtant que 12 % du chiffre d’affaires de ces banques et 7 % de leurs employés. « Un décalage flagrant », conclut ­Oxfam. C’est le moins que l’on puisse dire !

Quatre grandes banques françaises sont notamment présentes aux îles Caïmans, dont la BNP Paribas. Celle-ci a réalisé 134 millions d’euros de bénéfices dans cet archipel des Antilles peuplé d’à peine 50 000 habitants, pour un chiffre d’affaires de seulement 39 millions d’euros et alors qu’elle n’y emploie personne. Quant à la Société générale, elle a réalisé en Irlande des bénéfices quatre fois plus importants que son chiffre d’affaires. La banque britannique Barclays a déclaré de son côté un bénéfice global de 5 milliards d’euros en 2015, dont 900 millions dans trois pays, le Luxembourg, la Suisse et l’Irlande, alors qu’elle n’y emploie que 500 salariés. Ces pays représentent 18 % du résultat global de Barclays, mais à peine 0,4 % de ses employés. « Une performance difficilement imaginable pour toute activité économique normale », ironise Oxfam.

Les banques européennes opèrent évidemment des transferts de bénéfices dans le but de profiter du taux d’imposition très faible, voire quasi inexistant, pratiqué par les paradis fiscaux. En moyenne, le taux d’imposition sur les banques ne s’y élève qu’à 6 %, et descend parfois à 2 %. Cela explique pourquoi des milliers de sociétés y sont domiciliées de manière fictive.

Ce bilan édifiant a pu être réalisé suite à l’entrée en vigueur d’une directive européenne censée rendre plus transparents les comptes des banques. Il ne lève cependant qu’un coin du voile. En effet, comme le dit l’ONG, « c’est une transparence en demi-teinte. (…) Quand on les [les banques] interroge directement, elles ne réagissent pas très bien. Le problème c’est que les banques traînent les pieds. Par exemple, on en a trouvé une qui avait inscrit ses activités dans plusieurs paradis fiscaux dans un chapitre intitulé «Autres» dans son rapport d’activité. »

Pour que la transparence soit réelle, il faudra que les travailleurs imposent la levée totale du secret des affaires et se mettent à contrôler eux-mêmes les comptes, ceux des banques comme ceux de l’ensemble des entreprises capitalistes.

Aline RETESSE