Mélenchon : prise de la Bastille bis… et après ?

22 Mars 2017

Samedi 18 mars, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont venues apporter leur soutien à Mélenchon place de la Bastille à Paris.

On peut comprendre que les manifestants aient été réjouis d’avoir fait une démonstration de force, derrière des revendications comme le droit à l’IVG ou à mourir dans la dignité, ce qui change des réactionnaires des Manifs pour tous ou des pro-Fillon du Trocadéro. Mais on est aussi en droit de se demander vers quoi Mélenchon et ses alliés du PCF et de Ensemble veulent canaliser cette énergie. En 2012 déjà, la prétendue « prise de la Bastille » n’avait servi qu’à faire élire Hollande.

Comme à son habitude, Mélenchon a dit tout et son contraire, faisant brandir par centaines les drapeaux tricolores, ceux de la bourgeoisie française, tout en se réclamant de la Commune de Paris, massacrée en 1871 par celle-ci ; redoublant de nationalisme, tout en faisant chanter l’Internationale.

Son discours a été un ramassis d’idées qui ne peuvent qu’obscurcir la conscience des travailleurs. En déclarant : « Ceci est une insurrection citoyenne contre la monarchie présidentielle », il fait oublier que le président de la République, bien loin d’être un monarque, est avant tout un valet de la classe capitaliste. En fustigeant « l’Union européenne, qui soumet le peuple à la souveraineté de l’argent », il fait croire que la dictature du profit s’impose de l’extérieur, et dédouane ainsi totalement les capitalistes français. En prônant « que le bulletin de vote donne le coup de balai qui les fasse tous – sans exception – dégager », il laisse entendre qu’il peut suffire de changer de personnel politique pour changer la société.

Enfin, Mélenchon a menacé : « Il faut faire cette révolution citoyenne si vous ne voulez pas subir un coup d’État ethnique ou un coup d’État financier. » Quel coup d’État financier ? Les financiers, les grands actionnaires, n’ont pas besoin d’un quelconque coup d’État pour imposer leur dictature à toute la société, et ils le font depuis longtemps. Leur dictature économique s’impose déjà au quotidien.

Quant au coup d’État ethnique, on suppose qu’il s’agit de l’éventuelle arrivée au pouvoir du FN et de ses idées xénophobes. Mais, là encore, les préjugés contre les travailleurs immigrés ou étrangers n’ont pas attendu cette élection pour faire leur chemin et s’imposer dans les têtes, et Mélenchon, depuis des années, n’a jamais pris sur cette question que des positions ambiguës. Avec cette phrase alambiquée, Mélenchon veut avant tout faire peur et se poser comme le seul recours possible pour éviter le pire.

En revanche, ce qui est clair, c’est le refus de Mélenchon d’évoquer l’exploitation capitaliste ou de s’en prendre, ne serait-ce qu’avec des mots, aux profits des actionnaires. La classe capitaliste mène une guerre sociale féroce contre les travailleurs, pour accumuler sur leur dos les milliards qu’elle déverse ensuite dans la spéculation financière. C’est cette guerre qui ravage la société et est la cause du chômage et de la montée de la misère.

C’est contre ces ennemis-là que les travailleurs doivent se préparer à défendre leur vie. Dans ce conflit, ils ont besoin d’idées et d’une conscience de classe. Pas de l’esbroufe d’un bonimenteur.

Julie LEMÉE