Le droit à la parole selon Bouygues et Cie

22 Mars 2017

Avant même le “grand débat”, disons plutôt le grand show mis en scène le 20 mars sur TF1 entre les cinq candidats sélectionnés par la chaîne, c’est-à-dire au bout du compte par Bouygues, son propriétaire, certains commentateurs s’étranglaient à l’idée qu’il y ait onze candidats ayant obtenu les 500 parrainages.

Comme la loi impose, très très mollement il faut le dire, que les candidats qualifiés disposent d’un accès aux médias équitable dans un premier temps, puis égalitaire durant les deux semaines qui précèdent le vote, ces commentateurs s’indignaient, répétant, sur des médias qui leur sont largement ouverts, qu’inviter tous les candidats « rendrait les débats inaudibles ». En poussant au bout une telle logique, il faudrait réduire ce qu’ils appellent des débats à deux, trois protagonistes, voire à un seul. Cela s’est déjà vu !

Ces gens-là ont de la démocratie plein la bouche, mais ils sont les premiers à réclamer que l’on piétine les lois votées par des femmes et des hommes du même monde qu’eux. Et ils militent pour que ces lois changent en se durcissant. C’est choquant, mais bien significatif.

C’est révélateur aussi de ce que masquent les grands mots fleurissant leurs discours : liberté, égalité, fraternité. La liberté de la presse, par exemple, même quand elle est codifiée dans la loi, est régie par ceux qui possèdent ou contrôlent les principaux organes de diffusion, les Bouygues, les Bolloré, les Dassault, les Lagardère. On le vérifie une fois de plus lors de cet épisode électoral, mais plus encore dans la vie courante, hors de ces périodes.

En permanence, les grands patrons, ou leurs représentants politiques de tout bord, ont caméras et micros ouverts, alors que les travailleurs, surtout quand ils revendiquent, qu’ils se mettent en grève pour se défendre, sont trop souvent ignorés, pire calomniés, et les raisons de leur combat tues ou dénaturées. Voilà ce qu’ils appellent démocratie.

Jean-Pierre VIAL