Europe : du traité de Rome à la laborieuse Union

22 Mars 2017

Il y a soixante ans, le 25 mars 1957, était signé entre six pays le traité de Rome qui donna naissance au Marché commun, à l’origine de l’Union européenne d’aujourd’hui.

Alors que les États-Unis ont constitué un vaste marché unifié dès 1865 et la fin de la guerre entre le Nord et le Sud, les bourgeoisies de la vieille Europe se sont encore affrontées militairement pendant près d’un siècle, dans la guerre franco-allemande de 1870 d’abord, puis dans la lutte pour le partage du monde au cours des deux guerres mondiales. Au sortir de la deuxième, malgré de grandes phrases sur l’union entre les peuples, leurs rivalités ne se sont pas éteintes. Ce sont les États-Unis, désireux de soutenir globalement une économie européenne chancelante et d’ouvrir le marché européen à leurs capitaux qui poussèrent dans le sens d’une unification, repris par des politiciens français, notamment des socialistes, relais de la politique américaine.

Premiers pas difficiles

Cependant, les premiers pas furent timides. Le Benelux, une union douanière née en 1944, se limitait à trois petits pays, la Belgique, les Pays-Bas (Nederland) et le Luxembourg. Une communauté économique regroupant six pays, créée neuf ans plus tard, se limitait au charbon et à l’acier, la CECA. Des tentatives d’union douanière entre la France et l’Italie et de ces deux pays avec le Benelux – le Fritalux – se soldèrent par des échecs.

Le traité de Rome, signé le 25 mars 1957 après près de deux ans de tractations, pouvait donc apparaître comme une performance alors qu’en réalité la Communauté économique européenne, la CEE, à laquelle il donna naissance le 1er janvier suivant était bien loin d’une Europe unifiée. Elle était limitée à l’origine à six pays : France, Allemagne, Italie et les trois pays du Benelux. On l’appela le Marché commun car l’objectif était de supprimer les obstacles aux échanges, à commencer par les quotas limitant les quantités de marchandises importées et les droits de douane entre les six pays, souvent de l’ordre de 30 %. Il fallut attendre dix ans pour que ceux-ci tombent à zéro et que le tarif douanier imposé aux marchandises venues de l’extérieur soit unifié. Il fallut encore cinq ans supplémentaires pour un élargissement à la Grande-Bretagne, l’Irlande et le Danemark.

Ce laborieux échafaudage allait se poursuivre les décennies suivantes, donnant naissance en 1992 à l’Union européenne qui compte aujourd’hui 28 États mais sans jamais aboutir à une véritable unification. Les droits de douane n’étaient pas supprimés depuis longtemps que déjà, au milieu des années 1970, chaque État multipliait les normes qui, au nom de la défense des consommateurs ou de la santé publique, constituaient des barrières invisibles pour protéger « ses » capitalistes.

De Maastricht à l’euro

Ce n’est qu’en 1992, lors du traité de Maastricht, que fut prise la décision de créer une monnaie unique. Après bien des péripéties, l’euro allait naître dix ans plus tard. Mais il n’est nullement certain qu’il survive au prochain épisode de la crise du capitalisme.

Quant à « l’abolition des obstacles à la libre circulation des personnes » prévue par le traité de Rome, il a fallu attendre la signature des accords de Schengen pour que les États tentent de la mettre en œuvre. Elle ne s’appliqua qu’une dizaine d’années plus tard et elle est aujourd’hui remise en cause. En revanche, le renforcement des frontières extérieures, prévu lui aussi à Schengen, s’est aggravé. Au total, au péril de leur vie, les migrants butent sur les contrôles tant à l’entrée de l’espace Schengen qu’à l’intérieur.

Cette construction européenne n’est qu’une entente bien fragile entre bourgeoisies rivales que l’aggravation de la crise économique ne cesse de mettre à mal. Quant à ceux qui présentent le traité de Rome comme une sorte de péché originel et dénoncent l’Europe comme la source de tous les maux, ce sont des menteurs qui s’en servent pour faire diversion, tentant de dresser les travailleurs les uns contre les autres pour éviter qu’ils s’en prennent à leurs vrais ennemis, les capitalistes.

Jean SANDAY