Essais nucléaires : les victimes rarement indemnisées

22 Mars 2017

Mercredi 15 mars, après des années de procédure, douze anciens militaires ayant travaillé sur des sites d’essais nucléaires de l’armée française au Sahara ou en Polynésie ont obtenu le droit élémentaire d’être indemnisés pour les maladies développées suite à leur exposition à des radiations.

Entre 1960 et 1996, 210 essais nucléaires ont été menés par l’État français en Algérie ou à proximité d’atolls polynésiens. Les sols, l’eau, les habitants, des travailleurs, des militaires, potentiellement 150 000 personnes pourraient en avoir subi les conséquences sanitaires dramatiques, leucémies et cancers en nombre.

L’État français a tout fait, et aussi longtemps que possible, pour ne pas assumer ses responsabilités. Pendant des décennies, il a nié tout danger lié aux expérimentations nucléaires. Après les nombreuses protestations de victimes issues des rangs de l’armée elle-même, il a fini par promettre qu’il indemniserait un maximum de victimes. Mais la loi Morin adoptée en janvier 2010, tout en reconnaissant les dangers potentiels, a été rédigée sur mesure pour durcir au maximum les conditions d’indemnisation. Le ministère de la Défense a ensuite fait souvent appel des décisions de justice, même dans les très rares cas où elles le condamnaient à payer. Jusqu’à ce dernier jugement, c’est seulement une vingtaine d’anciens militaires du nucléaire qui avaient été indemnisés.

C’est finalement suite aux protestations des associations de victimes lors de la visite de Hollande en Polynésie en 2016 qu’une clause a été introduite dans la loi Égalité réelle adoptée en février dernier. En supprimant l’appréciation de « caractère négligeable » des essais nucléaires dans l’apparition de certaines maladies, elle a ouvert la voie à une plus large indemnisation des victimes.

Comme souvent, l’État au service des puissants a longtemps refusé de reconnaître les conséquences dramatiques de ses pratiques, même pour tous ceux qui, à son service, y ont parfois laissé leur vie. Pour bien des victimes, c’est à titre posthume que leurs proches recevront au bout du compte les indemnisations.

Gilles BOTI