Éducation nationale : il faut des moyens

22 Mars 2017

Tous les « grands » candidats se sentent obligés de présenter un programme pour l’Éducation nationale, en affirmant que c’est leur priorité. Mais, à y regarder de près, on ne trouve, sur ce sujet aussi, rien d’autre que des phrases creuses.

À droite, ils insistent sur la maîtrise des savoirs de base (comme si ce n’était pas le souci des enseignants !), l’autonomie des établissements, la réforme des programmes, la liberté de choix pour les parents entre école publique et privée, etc. Fillon pousse l’inspiration jusqu’à proposer le retour à l’uniforme, et Macron le ridicule en demandant qu’on interdise l’utilisation du téléphone portable en classe, ce que les enseignants font évidemment déjà ! Quant à Le Pen, elle reprend les propositions les plus réactionnaires des autres, en y ajoutant celle de consacrer la moitié du temps à la seule étude du français pour les élèves du primaire, ainsi que l’idée, bien répugnante, de vouloir interdire l’école publique aux enfants étrangers.

À gauche, Hamon propose de recruter 40 000 enseignants en cinq ans, de renforcer le soutien scolaire et de limiter à 25 le nombre d’élèves dans les petites classes du primaire (ce qui ne provoquerait pas un gros changement, vu qu’il est actuellement de 25,5 en moyenne). Mélenchon, lui, fixe à 60 000 le nombre de recrutements sur la même période, orientés vers le primaire. Voilà qui ressemble fort, en plus modéré même pour Hamon, aux promesses jamais tenues de Hollande.

La question qui se pose n’est pas la révision des programmes. Bien sûr qu’ils doivent évoluer en même temps que progressent les techniques et les connaissances. Elle n’est pas non plus celle des rythmes scolaires qui, de toute façon, sont calculés pour défendre les intérêts des professionnels du tourisme. Elle est d’accorder les moyens indispensables pour donner à chaque élève, quelle que soit son origine sociale, les moyens d’acquérir les savoirs et les savoir-faire indispensables.

L’Éducation nationale devrait être vraiment une priorité, et ce à plus d’un titre. L’urgence est déjà de réparer les dégâts causés par la baisse importante des moyens alloués ces dix dernières années, qui frappent en premier les enfants des quartiers populaires, eux qui n’ont souvent que l’école pour leur permettre d’acquérir des connaissances et qui ont souvent besoin d’être épaulés dans leurs études. Et, pour qu’il y ait égalité des chances, il faudrait commencer par augmenter les moyens alloués aux établissements scolaires des cités ou quartiers réputés difficiles, pour que l’école devienne un pôle d’attraction pour tous les jeunes.

Les élèves ne progressent pas tous au même rythme, et le travail des enseignants est d’abord de repérer ceux qui ont quelques difficultés et de les soutenir par une aide individuelle. Comment cela peut-il être possible avec 30 élèves, voire plus, par classe ? Les cours particuliers sont une fausse solution. D’abord, parce qu’elle exclut les enfants dont les parents n’ont pas les moyens de les payer. En outre, c’est collectivement, en confrontant leurs capacités et leurs savoirs, que les élèves progressent. L’école est le cadre approprié pour cela, à condition bien évidemment qu’il y ait un nombre suffisant d’adultes pour les encadrer, les pousser intellectuellement et, puisqu’il s’agit aussi d’éducation, leur apprendre les règles de conduite de la vie sociale.

Dans les écoles privées tant vantées par la droite pour leur prétendue excellence, les élèves ne sont en général pas plus d’une quinzaine par classe. La plupart y sont issus des couches sociales privilégiées, ils bénéficient de l’argent des parents, et surtout d’un environnement culturel qui fait défaut aux jeunes des banlieues enfermés dans leurs cités-ghettos.

Alors, quelles propositions pour l’Éducation nationale ? Il faut « des moyens, encore des moyens, toujours des moyens », pour paraphraser Danton ! Il faut prendre sur les crédits militaires qui sèment la mort, sur les offrandes faites au grand patronat incapable de résorber le chômage, afin de donner à chaque enfant la possibilité de développer son intelligence et de s’épanouir au contact des autres.

Marianne LAMIRAL