Cinq candidats sur TF1 : travailleurs, chômeurs, retraités, les oubliés du débat

22 Mars 2017

« Tout ça pour ça » : c’est vraiment ce que pouvaient se dire ceux des téléspectateurs qui avaient eu le courage d’aller au bout des trois heures et quart du débat avec les cinq « grands » candidats à l’élection présidentielle sélectionnés par TF1, lundi 20 mars.

Car ce fut long, très long. De Le Pen à Fillon, de Macron à Mélenchon en passant par Hamon, tous ont joué la comédie pour se tailler le meilleur costume de futur président de la République, mais de leur république, celle chargée d’administrer les affaires de la bourgeoisie. Oh, ils ont parlé de beaucoup de choses : des institutions, du vote blanc, de l’armée, de la police, du burkini, de l’Ukraine, du droit de mourir dans la dignité, du nucléaire…

Ils ont aussi parlé beaucoup, mais vraiment beaucoup, de la grandeur de la France, de combien ils aimaient la France. Mais ils ont parlé beaucoup moins de ceux qui y vivent. Car du sort de l’immense majorité de la population, de ceux qui triment tous les jours avec un petit salaire, qui sont inquiets du lendemain et des mauvais coups que leur préparent leur patron ou l’État, il n’a pas été beaucoup question. Et sur leurs problèmes vitaux, les salaires, les pensions et l’emploi, il n’y a eu au mieux que des réponses indirectes.

Fillon a été dans son rôle, voulant plaire à son électorat de petits et gros nantis en martelant la nécessité de mettre fin aux 35 heures et de libérer les entrepreneurs du Code du travail, en les laissant maîtres de fixer les règles à imposer aux travailleurs. Macron, qui a le même objectif, a dit vouloir garder quand même les 35 heures, seulement pour majorer les heures supplémentaires. Si les licenciements chez Whirpool ont été évoqués par Le Pen, il n’est pas question de les interdire, ni pour elle, ni pour personne. Cela revient à ne rien faire, sinon prier pour que ces patrons se montrent plus gentils. Pas un, comme de bien entendu, n’entendait remettre en cause le pouvoir absolu des capitalistes sur les salariés. Pas un n’a dit qu’il fallait revaloriser les salaires et les pensions en prenant sur les profits extravagants de la grande bourgeoisie. Pas un n’a commenté le classement du jour sur les grandes fortunes françaises, le peloton des Arnault, Bettencourt, Dassault et Pinault ; ni les 76 milliards de bénéfices annoncés par les entreprises du Cac 40.

Pour la plupart des débatteurs, s’il fallait augmenter un tout petit peu les salaires net, c’était sans augmenter les salaires brut, c’est-à-dire en baissant les cotisations, ce qui ferait un petit plus pour les salariés dans un premier temps, et un gros plus pour les employeurs. Un petit plus virtuel, car les mêmes salariés combleraient par le biais de l’impôt ce manque de cotisations.

Mélenchon a tenu à reprendre les mêmes mensonges que ses collègues : « Augmenter les salaires, augmenter le pouvoir d’achat, c’est relancer l’activité », a-t-il déclaré. Et d’annoncer les 100 milliards qu’il veut mobiliser pour cette relance. La bonne santé des entreprises pourrait donc seule annoncer du mieux pour leurs travailleurs ? Mais tous les grands groupes, PSA, Michelin, Renault, Continental, l’industrie du luxe, Chanel, Hermès, Dior… annoncent des profits en forte hausse et des salaires laissés à la traîne, voire diminués par le jeu des primes. L’activité est particulièrement bonne, mais la situation des salariés particulièrement mauvaise. Mélenchon comme les autres le sait, se tait et ment délibérément.

Ces cinq-là ont fait la démonstration qu’ils sont d’accord pour gouverner au service des maîtres de la société, la minorité capitaliste, chacun avec son style et son électorat. Ce n’est pas par eux que la population travailleuse devra passer pour faire entendre ses intérêts.

Paul SOREL