Candia – Gerzat : trois semaines de grève

22 Mars 2017

Depuis le début mars, les travailleurs de la laiterie Candia de Gerzat, dans le Puy-de-Dôme, sont en grève pour un rattrapage de salaire.

Depuis que leur entreprise Beuralia a fusionné avec Candia du groupe Sodiaal (Entremont, Yoplait, Richemonts…) en 2015, les travailleurs de la laiterie de Gerzat n’ont plus de représentants aux négociations nationales et les salaires ne sont plus discutés au niveau du site. En outre, sous prétexte d’harmonisation avec les autres usines du groupe (Sodiaal en compte 71 en France et Candia 7), ils ont perdu tout ce qu’ils avaient obtenu en vingt ans chez Beuralia, ce qui se traduit par une perte de salaire et de primes d’environ 500 à 600 euros par an et par ouvrier, une dégradation de l’organisation du travail et la perte de onze jours de RTT.

Les travailleurs de Candia ont donc exigé une entrevue avec la responsable des ressources humaines. Ils réclament les 50 euros par mois qu’ils ont perdus lors de la cession de l’usine. Ils se heurtent au mépris des directions, tant locale que nationale, qu’ils nomment « directions des ressources inhumaines ». Après plusieurs tentatives pour imposer des négociations, une proposition humiliante de 0,7 % d’augmentation, soit environ 11 euros par mois, leur a été consentie, après deux ans sans aucune augmentation.

C’en était trop, et spontanément la majorité des cent ouvriers de production, sur 176 salariés, ont arrêté le travail et ont commencé à bloquer entrées et sorties de l’usine. La direction a alors assigné cinq d’entre eux devant le tribunal des référés pour blocage de l’usine, puis elle lock-outait celle-ci. Le 14 mars, au tribunal de grande instance de Clermont-Ferrand, alors que le juge innocentait les travailleurs incriminés et exigeait des négociations dans l’enceinte même du tribunal, l’avocat de la direction promettait aux ouvriers « une guerre comme la guerre de Cent Ans », qui pourra durer longtemps mais les laissera perdants ! Ce langage de haine et de guerre de classe n’a fait que renforcer la détermination des travailleurs et depuis la grève continue.

Les tentatives de la direction de faire travailler l’encadrement pour remplacer les grévistes ne fonctionnent pas : la direction prétend que la grève lui coûte 25 000 euros de perte par jour, mais il faut croire qu’elle préfère cela aux 8 500 euros par mois qu’il lui en coûterait d’accorder les 50 euros pour tous.

Les deuxième et troisième semaines de grève, et parfois de blocage des routes autour de l’usine, ont été consacrées à la recherche d’un médiateur, qui a été refusé. Mais les aides et la solidarité qui se manifestent chaque jour davantage sont un encouragement. Après 18 jours de grève, les travailleurs ont obtenu pour une délégation de quatre ouvriers une entrevue avec la direction générale à Paris, le lundi 20 mars. Lors de cette délégation, pour pouvoir avancer leurs seules revendications dans la discussion, ils ont dû faire sortir de la table des négociations la RH (Ressources humaines) de Gerzat, qui cherchait à noyer le poisson.

Les travailleurs veulent récupérer le salaire perdu depuis deux ans. Mardi 21 mars, à leur vingtième jour de grève, ils attendaient la réponse des deux DRH de Sodiaal et Candia, rencontrés à Paris, et ils restaient toujours solidaires et déterminés à obtenir ce rattrapage.

Correspondant LO